Minurso : le Conseil de sécurité ne reconduit pas le mandat après deux votes en échec
Le Conseil de sécurité n’a pas reconduit vendredi le mandat de la Minurso. Le Cabinet royal y voit un pas vers la clôture du dossier à l’ONU.

Photo : ONU/Manuel Elías
Le mandat de la Minurso n’a pas été prolongé. Réuni vendredi 30 octobre à New York, le Conseil de sécurité des Nations Unies a rejeté successivement deux projets de résolution : un texte américain, bloqué par un veto de la Fédération de Russie, puis un texte russe concurrent, écarté après un vote négatif des États-Unis. Le mandat actuel de la mission expire ce samedi 31 octobre.
Le Cabinet royal a aussitôt salué dans un communiqué « une évolution importante » et estimé que la présence de la mission dans les provinces du Sud du Royaume devrait prendre fin dans les prochains jours.
Onze voix pour, un veto russe
Le projet présenté par les États-Unis, porte-plume du dossier (document S/2026/868), a recueilli 11 voix favorables. La Russie a voté contre, et ce vote négatif d’un membre permanent a suffi à le faire tomber. La Chine, le Pakistan et la Somalie se sont abstenus.
Moscou a ensuite soumis son propre texte (S/2026/870), qui visait une reconduction technique du mandat jusqu’au 31 octobre 2027. Seules la Chine, la Somalie et la Russie l’ont soutenu. Les États-Unis ont voté contre et les onze autres membres se sont abstenus, si bien que le projet n’a pas obtenu le nombre de voix requis.
Aucune résolution n’ayant été adoptée, la mission se retrouve sans mandat au-delà de son échéance actuelle, fixée en 2025 par la résolution 2797.
Washington veut une mission « adaptée »
Selon les explications de vote de la délégation américaine, le texte de Washington cherchait à transformer une mission qui, d’après elle, n’a pas rempli sa vocation d’origine en 35 ans. Il prévoyait notamment de retirer la lettre « R », pour « référendum », de son nom.
« Notre projet était une tentative de bonne foi » de rendre cette opération de maintien de la paix utile, a affirmé l’ambassadeur des États-Unis, Mike Waltz. Il a rappelé que le site même de la mission reconnaît que ses préparatifs du référendum ont cessé il y a plus de vingt ans, et que, selon son propre personnel, elle consacre environ 80 % de son temps à son ravitaillement.
Le diplomate a également évoqué les camps de Tindouf, en Algérie, en citant des chiffres onusiens : près des deux tiers des enfants de moins de cinq ans y souffrent d’anémie, un tiers présente un retard de croissance et seulement un sur dix reçoit le minimum alimentaire acceptable.
« Nous ne pouvons pas perpétuer une mission dont le nom même ne reflète pas la réalité sur le terrain. »
Mike Waltz a toutefois souligné que le retrait qui découlera de ce vote devra être « ordonné et stable », protéger le personnel de l’ONU et répondre aux besoins sécuritaires et humanitaires légitimes. Washington entend poursuivre ses efforts avec le Secrétaire général et son Envoyé personnel, Staffan de Mistura.
Regrets à Paris et Londres, critiques à Pékin et Moscou
Plusieurs délégations ont déploré le veto russe. Le représentant de la France a jugé qu’une fermeture brutale de la mission serait « extrêmement alarmante » dans un contexte de tensions ravivées. Le délégué britannique a exprimé une « immense déception », estimant que cette décision compromettait l’action du Conseil sur ce dossier.
Pour expliquer son abstention, la Chine a invoqué des consultations insuffisantes sur la proposition américaine, en affirmant que le mandat de la mission ne devait pas servir d’instrument de pression politique.
Le représentant russe a défendu son veto en estimant que le texte américain aurait pu remettre en cause l’ensemble du processus et imposer des solutions unilatérales. Il a présenté le projet de son pays comme « la dernière occasion » de prolonger l’existence de la Minurso.
Omar Hilale répond à l’Algérie
Le délégué algérien ayant pris la parole pour remercier la Russie et dénoncer un « échec » du Conseil, l’ambassadeur du Maroc auprès de l’ONU, Omar Hilale, lui a répondu. Il a relevé que, pendant des années, la résolution sur la mission avait été adoptée sans intervention des deux parties, une « tradition » qui, selon lui, a été rompue.
Le diplomate marocain a reproché à l’Algérie, qu’il a qualifiée de simple observateur, de donner des « leçons » au Conseil. Il a rappelé que le pays hôte refuse depuis des décennies le recensement des populations des camps de Tindouf, réclamé par le Haut-Commissariat aux réfugiés, et qu’il y laisse son autorité à un groupe séparatiste.
« Laissez ces gens retourner au Maroc. Laissez-les rentrer chez eux. »
Omar Hilale a conclu en remerciant les États-Unis pour leur texte ainsi que les pays qui l’ont soutenu, en précisant que le Maroc avait consenti de nombreuses concessions au cours des négociations.
Le Cabinet royal annonce la suite
Publié dans la nuit de vendredi, ce communiqué constitue la dernière position officielle du Royaume après la séance du Conseil de sécurité.
Dans son communiqué publié vendredi, le Cabinet royal a qualifié cette non-reconduction d’avancée décisive : « Il s’agit d’une évolution importante et d’un pas significatif vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain aux Nations Unies. »
Le texte relève que ce développement coïncide avec la célébration de la fête de l’Unité, instituée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour marquer une rupture dans la gestion du dossier. Selon le communiqué, le personnel, les véhicules, le matériel et les symboles de la mission devraient quitter les provinces du Sud dans les prochains jours. « C’est une page de 35 ans qui est désormais tournée », souligne le Cabinet royal.
Le communiqué ajoute que cette décision devrait mettre fin à la saisine du Conseil de sécurité et retirer la question de son ordre du jour. Les réunions périodiques du Conseil, les rapports du Secrétaire général et les briefings de son Envoyé personnel n’auraient alors plus de raison d’être. Le processus politique onusien est présenté comme suspendu, et des démarches similaires sont annoncées au sein d’autres organes de l’ONU.
Le Maroc reste par ailleurs « fermement attaché au cessez-le-feu », dans le strict respect de son intégrité territoriale. Le Cabinet royal indique que plus des deux tiers des membres de l’ONU, dont des membres permanents du Conseil, soutiennent l’autonomie sous souveraineté marocaine comme seul cadre de règlement.
Une mission créée en 1991
La Minurso a été établie en 1991 par la résolution 690 du Conseil de sécurité, afin de préparer un référendum qui n’a jamais eu lieu. En 2007, le Royaume a présenté son initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine. La résolution 2797, adoptée en 2025, a fait de cette proposition la base des négociations et ordonné une revue stratégique du futur mandat de la mission.





