Sommet des forces maritimes africaines 2026 : Rabat au cœur de la sécurité maritime continentale
Rabat accueille cette semaine la quatrième édition du Africa Maritime Forces Summit (AMFS 2026), un rendez-vous stratégique qui réunit des responsables militaires, des experts maritimes et des représentants gouvernementaux de plus de 40 pays africains ainsi que près de 20 nations partenaires. Au centre des discussions figure une ambition commune : renforcer la sécurité des espaces maritimes africains face à des menaces de plus en plus complexes et transnationales.
Organisé du 20 au 24 juillet sous le thème « Innovation et partenariat pour renforcer la sécurité maritime », l’événement est coorganisé par les Forces Armées Royales, les Forces navales américaines pour l’Europe et l’Afrique ainsi que les Marines américains. La rencontre intervient dans un contexte où les enjeux liés aux mers et aux océans occupent une place croissante dans les stratégies de sécurité et de développement du continent.
Lors de la cérémonie d’ouverture, Ben Ziff, chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis au Maroc, a insisté sur une approche fondée sur le partenariat plutôt que sur l’assistance. Selon lui, les pays africains disposent des capacités nécessaires pour répondre aux défis sécuritaires auxquels ils sont confrontés. Il a souligné que les menaces actuelles dépassent les frontières nationales et nécessitent une coopération régionale renforcée.
Le Maroc a, pour sa part, réaffirmé son engagement en faveur de la coopération africaine. Le contre-amiral Mohamed Tahin, inspecteur de la Marine Royale, a rappelé que cette rencontre se tient sous les Hautes Instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Chef suprême et Chef d’État-Major général des Forces Armées Royales. Il a présenté le sommet comme une illustration de la volonté du Royaume de promouvoir la stabilité régionale et les efforts collectifs en faveur de la paix et de la sécurité maritimes.
Les défis évoqués durant les travaux reflètent l’évolution rapide des menaces maritimes en Afrique. La pêche illicite, le trafic de marchandises, le terrorisme, la migration irrégulière, la criminalité transnationale ainsi que la protection de l’environnement marin figurent parmi les priorités identifiées par les participants. Pour les responsables marocains, la sécurité maritime constitue désormais une responsabilité partagée qui exige dialogue, confiance mutuelle et coordination permanente.
Des solutions africaines pour des défis africains
L’un des messages les plus marquants du sommet concerne la promotion de solutions conçues et pilotées par les pays africains eux-mêmes. Le général Daniel L. Shipley, commandant des Marines américains pour l’Europe et l’Afrique, a rappelé que la sécurité maritime influence directement le commerce légal, la sécurité alimentaire, la stabilité régionale et la vie quotidienne de millions de personnes vivant des activités liées aux côtes africaines.
Selon lui, les États africains sont les mieux placés pour comprendre les réalités locales et développer des réponses durables. Le rôle des partenaires internationaux consiste avant tout à accompagner le renforcement des capacités nationales, à favoriser les échanges de connaissances et à soutenir les mécanismes de coopération régionale.
Cette vision rejoint les grandes orientations de l’Union africaine qui encourage depuis plusieurs années une gestion intégrée des espaces maritimes. Dans un contexte marqué par l’essor de l’économie bleue, les mers africaines sont désormais considérées comme des moteurs potentiels de croissance économique, de création d’emplois et de développement durable.
Une relation maroco-américaine en pleine consolidation
Le choix de Rabat comme ville hôte revêt également une portée symbolique. Les organisateurs rappellent que les relations entre le Maroc et les États-Unis remontent à près de 250 ans. Le Royaume fut le premier État à reconnaître l’indépendance américaine en ouvrant ses ports aux navires américains dès 1777. Cette dimension maritime historique continue aujourd’hui de nourrir la coopération entre les deux pays.
Les dernières semaines ont d’ailleurs été marquées par plusieurs initiatives conjointes. Le 13 juillet, les Forces Armées Royales et l’US Africa Command ont signé un protocole d’accord visant à créer à Tan-Tan le Centre africain multidomaine de formation et d’expérimentation. Prévu à l’horizon 2030, ce projet comprendra notamment une académie dédiée aux drones et un centre d’innovation technologique destiné aux partenaires africains.
Quelques jours auparavant, Rabat et Washington avaient également tenu un dialogue bilatéral consacré à la lutte contre le terrorisme, avec une attention particulière portée aux groupes actifs dans la région sahélienne.
L’innovation au service de la sécurité maritime
L’édition 2026 du sommet introduit plusieurs nouveautés. Les participants prennent part à des ateliers interactifs construits autour d’un scénario évolutif de pêche illégale non déclarée et non réglementée. L’objectif consiste à confronter les responsables aux réalités opérationnelles et à améliorer leur capacité de réaction face à des incidents complexes.
Parallèlement, une conférence dédiée aux sous-officiers supérieurs des marines africaines vise à renforcer la professionnalisation des forces navales du continent. Les échanges sont organisés en plusieurs langues, notamment l’arabe, le français, l’anglais, l’espagnol et le portugais, afin de favoriser une participation large et inclusive.
Les débats abordent également les nouvelles technologies, la coopération régionale et l’innovation dans les politiques publiques maritimes. Ces thématiques s’inscrivent dans une tendance mondiale où la surveillance numérique, les drones et l’analyse des données deviennent des outils essentiels pour protéger les espaces maritimes.
Vers une gouvernance maritime plus intégrée
Au-delà des considérations militaires, les travaux du sommet mettent en lumière l’importance d’une gouvernance maritime cohérente. Les experts réunis à Rabat soulignent que les océans africains représentent un potentiel considérable dans des secteurs tels que la pêche, le transport maritime, le tourisme, les infrastructures portuaires et les énergies offshore.
Cette ambition exige toutefois une meilleure coordination entre les différentes institutions publiques chargées des affaires maritimes. Les spécialistes présents au sommet estiment qu’une stratégie intégrée permettra de transformer les espaces maritimes en véritables leviers de développement économique tout en renforçant leur sécurité.
Les discussions de Rabat traduisent ainsi une évolution profonde de la perception des enjeux maritimes en Afrique. Longtemps considérées principalement sous l’angle de la défense, les mers apparaissent désormais comme des espaces stratégiques où se croisent sécurité, diplomatie, commerce et développement. Pour les participants, le défi consiste désormais à transformer les échanges et les engagements politiques en actions concrètes capables de renforcer durablement la résilience maritime du continent.
