Maroc et Mali relancent leur conseil d’affaires lors d’un forum réunissant 300 dirigeants
Le Maroc et le Mali franchissent une nouvelle étape dans le renforcement de leur partenariat économique. Réunis à Bamako à l’occasion du Forum d’affaires Maroc-Mali, les deux pays ont décidé de relancer officiellement le Conseil d’affaires Maroc-Mali, un mécanisme de coopération resté inactif depuis l’an 2000. Cette initiative traduit la volonté des deux capitales de transformer leur rapprochement diplomatique en projets économiques concrets, tout en favorisant les investissements, les échanges commerciaux et le développement de partenariats durables.
Organisé par la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et le Conseil national du patronat du Mali (CNPM), le forum s’est tenu en marge de la quatrième session de la Commission mixte de coopération Maroc-Mali. Plus de 300 chefs d’entreprise, investisseurs et responsables institutionnels des deux pays ont participé à cette rencontre.
Le ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a pris part aux travaux aux côtés de son homologue malien, Moussa Alassane Diallo. Étaient également présents le président de la CGEM, Mehdi Tazi, le président de la CCIM, Madiou Simpara, ainsi que le président du CNPM, Mossadeck Bally.
La délégation marocaine, conduite par Mehdi Tazi, rassemblait des entreprises issues de secteurs stratégiques tels que l’agroalimentaire, l’énergie, les bâtiments et travaux publics, l’immobilier, les mines, la finance, les télécommunications et la logistique.
Un conseil d’affaires relancé après plus de vingt-cinq ans
Le principal résultat du forum a été la signature d’un protocole d’accord entre la CGEM et le CNPM officialisant la relance du Conseil d’affaires Maroc-Mali.
Cette plateforme permanente aura pour mission d’identifier les opportunités d’investissement, d’accompagner les entreprises dans leurs démarches administratives, de faciliter les mises en relation entre opérateurs économiques et de proposer aux autorités des recommandations destinées à améliorer le climat des affaires.
Le conseil sera coprésidé par Moncef Ziani pour la partie marocaine et Sory Ibrahima Maiga pour la partie malienne.
Une seconde convention a également été conclue entre la Fédération nationale de l’électricité, de l’électronique et des énergies renouvelables du Maroc (FENELEC) et son homologue malienne, la FENEM. Cet accord vise à renforcer la coopération entre les entreprises des deux pays dans le secteur énergétique, considéré comme l’un des principaux leviers du développement économique régional.
Une vision commune pour renforcer l’intégration économique africaine
Les différents intervenants ont souligné la nécessité de développer davantage les échanges intra-africains, de consolider les chaînes de valeur régionales et d’encourager les investissements créateurs d’emplois.
Dans cette perspective, l’Initiative Atlantique portée par le roi Mohammed VI a occupé une place importante dans les discussions. Ce projet ambitionne d’offrir aux pays du Sahel un accès stratégique à l’océan Atlantique afin d’améliorer leur connectivité, de réduire les coûts logistiques et de stimuler le commerce régional.
Les participants ont également pris part à une table ronde consacrée au climat des investissements et aux opportunités offertes par les deux marchés. Plusieurs institutions y étaient représentées, notamment API-Mali, APEX-Mali, l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), MASEN ainsi que le Conseil d’affaires Maroc-Mali.
La journée s’est achevée par des rencontres B2B, B2G et G2G permettant aux entreprises et aux institutions d’engager des discussions directes sur de futurs projets de coopération.
Des échanges commerciaux encore déséquilibrés
Les relations commerciales entre Rabat et Bamako restent largement favorables au Maroc.
En 2025, les exportations marocaines vers le Mali ont atteint environ 185 millions de dollars, tandis que les importations marocaines en provenance du Mali se sont limitées à près de 3 millions de dollars.
Ce déséquilibre explique la volonté des autorités maliennes de privilégier des investissements de long terme, le transfert de compétences et le développement industriel plutôt qu’une simple augmentation des échanges de marchandises.
Plusieurs groupes marocains occupent déjà une place importante dans l’économie malienne. Maroc Telecom est présent à travers Moov Africa Malitel. Bank of Africa figure parmi les principales banques du pays. Le Groupe OCP mène également plusieurs programmes destinés à améliorer la fertilité des sols et la productivité agricole.
La coopération bilatérale retrouve une nouvelle dynamique
La relance du Conseil d’affaires s’inscrit dans un processus plus large de redynamisation des relations institutionnelles entre les deux États.
Créée par un accord signé à Rabat le 17 septembre 1987, la Commission mixte de coopération Maroc-Mali constitue le principal mécanisme de dialogue bilatéral. Sa troisième session s’était tenue à Rabat en juin 2000, avant une interruption de plus de vingt-cinq ans.
Les experts des deux pays se sont réunis les 21 et 22 juillet afin d’examiner les programmes existants et de définir de nouvelles priorités dans les domaines du commerce, de l’investissement, de l’agriculture, de l’énergie, des infrastructures, des mines, de la santé, de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur.
Les textes préparés par les experts doivent être soumis aux ministres des Affaires étrangères lors de la session ministérielle prévue le 24 juillet.
Cette reprise fait également écho à la visite effectuée par le roi Mohammed VI au Mali en février 2014, au cours de laquelle dix-sept accords de coopération avaient été signés dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie, l’eau, les télécommunications, les transports, l’agriculture, les mines, la santé et les investissements.
Un rapprochement économique soutenu par une évolution diplomatique
Le renforcement des relations économiques accompagne un rapprochement politique de plus en plus marqué entre Rabat et Bamako.
En avril 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger avaient exprimé leur soutien à l’Initiative Atlantique marocaine destinée aux pays du Sahel.
Un an plus tard, en avril 2026, Bamako a retiré sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique et apporté son soutien au plan d’autonomie proposé par le Maroc pour le Sahara.
Quelques jours avant la tenue du forum économique, le Maroc avait également été invité d’honneur de la deuxième édition du Forum international de la diaspora, organisée à Bamako du 16 au 18 juillet.
La relance du Conseil d’affaires Maroc-Mali illustre ainsi une nouvelle phase de coopération où les ambitions diplomatiques se traduisent progressivement par des initiatives économiques structurées. Les deux pays affichent désormais la volonté de bâtir un partenariat durable reposant sur l’investissement, le développement industriel et l’intégration économique régionale.
