Sécurité routière : le Maroc alerte l’ONU face à l’explosion des décès de motards
La sécurité routière au Maroc s’est invitée au cœur des discussions internationales cette semaine à New York. Lors de la conférence des donateurs du Fonds des Nations unies pour la sécurité routière (UNRSF), le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, a réaffirmé l’engagement du Royaume en faveur de la protection des usagers les plus vulnérables, en particulier les motocyclistes. Une prise de parole qui intervient alors que le Maroc fait face à une hausse historique de la mortalité routière.
Devant les représentants des Nations unies et plusieurs acteurs internationaux engagés dans la prévention des accidents de la route, le ministre a rappelé que la sécurité routière constitue un pilier essentiel de la stratégie marocaine de développement durable. Il a souligné que les motocyclistes figurent parmi les catégories les plus exposées aux risques de circulation, justifiant ainsi leur statut de priorité nationale.
Le Maroc, qui préside le conseil consultatif de l’UNRSF, entend également renforcer son rôle au sein des initiatives internationales visant à réduire les décès sur les routes. La conférence organisée à New York ambitionne de mobiliser 10,6 millions de dollars afin de soutenir les programmes du fonds durant la seconde moitié de la Décennie d’action pour la sécurité routière.
Parmi les réalisations mises en avant figure le Prix international Mohammed VI pour la sécurité routière, lancé lors de la quatrième Conférence ministérielle mondiale sur la sécurité routière organisée à Marrakech en février 2025. Le ministre a également rappelé la mise en place d’un Village de la sécurité routière destiné à sensibiliser les usagers au port du casque et aux comportements responsables, ainsi que les campagnes de distribution de casques soutenues par les autorités.
La rencontre s’est déroulée en marge d’une réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies consacrée à la sécurité routière. Plusieurs personnalités internationales y ont participé, notamment Jean Todt, envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour la sécurité routière, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, ainsi qu’Omar Hilale, représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU.
Une année noire pour les routes marocaines
Si le discours officiel met en avant les efforts engagés, les chiffres publiés récemment par l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA) révèlent une situation particulièrement préoccupante.
Selon les données provisoires de l’agence, 4 577 personnes ont perdu la vie sur les routes marocaines en 2025. Ce bilan représente une hausse de 25,5 % par rapport à l’année précédente. Dans le même temps, 10 333 personnes ont été grièvement blessées et les accidents enregistrés dans les zones urbaines ont fortement augmenté.
Les motocyclistes concentrent une part importante de cette mortalité. Les utilisateurs de véhicules à deux et trois roues ont enregistré 2 060 décès, dont 1 983 pour les deux-roues et 77 pour les tricycles. À eux seuls, ils représentent 45 % de l’ensemble des victimes mortelles recensées sur le territoire national.
Les statistiques montrent également que les piétons et les usagers de deux et trois roues cumulent plus de 70 % des décès liés aux accidents de la circulation. Les décès impliquant des motocyclistes ont progressé de 526 cas supplémentaires en un an, soit une hausse de 34,3 %.
Parallèlement, le nombre d’accidents ayant causé des blessures a atteint 160 347 cas, en augmentation de 12,7 % par rapport à 2024.
De nouveaux défis liés aux modes de mobilité
Les autorités reconnaissent que l’évolution des habitudes de déplacement impose une adaptation rapide des politiques publiques. L’essor des trottinettes électriques, des services de livraison à domicile et de nouvelles formes de mobilité urbaine crée des risques supplémentaires qui nécessitent un encadrement renforcé.
Dans cette perspective, NARSA poursuit le déploiement de ses dispositifs de contrôle. Le réseau national de radars a été étendu à 1 140 unités à travers le pays. L’agence poursuit également son programme de renouvellement du parc automobile, soutenu par un investissement de 143 millions de dirhams.
Ces mesures s’inscrivent dans la préparation de la future Stratégie nationale de sécurité routière 2026-2030, présentée comme une étape majeure pour coordonner les efforts des différents acteurs et réduire durablement le nombre de victimes.
Un enjeu majeur pour la crédibilité du Royaume
Le contraste entre les engagements internationaux du Maroc et la dégradation des indicateurs nationaux souligne l’ampleur du défi. Les initiatives portées par le Royaume sur la scène mondiale témoignent d’une volonté affirmée d’agir, mais les résultats sur le terrain restent attendus.
Alors que le pays renforce sa visibilité dans les instances internationales dédiées à la sécurité routière, la réduction des décès de motocyclistes demeure le principal test de l’efficacité des politiques engagées. Les prochaines années seront déterminantes pour inverser une tendance qui a fait de 2025 l’année la plus meurtrière jamais enregistrée sur les routes marocaines.
