La dépendance énergétique du Maroc relance le débat autour de la SAMIR

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Le débat sur l’avenir de la raffinerie SAMIR est revenu au premier plan après le rejet par le Parlement de deux propositions visant à nationaliser les actifs de la raffinerie et à encadrer les prix des carburants. Ces textes, portés par des conseillers de la Confédération démocratique du travail (CDT), ont été rejetés le 16 juin par la Chambre des conseillers avec 29 voix contre et 10 pour, malgré leur adoption quelques jours plus tôt en commission des finances.

Cette décision ravive les interrogations sur les conséquences économiques de la fermeture de la seule raffinerie du pays en août 2015 et sur la capacité du Maroc à poursuivre sa dépendance totale aux importations de produits pétroliers raffinés.

Selon une étude récente intitulée « SAMIR sous l’épreuve d’Hormuz », publiée par le cabinet de conseil Vivae Capital, la fermeture de la raffinerie aurait coûté près de 197 milliards de dirhams à l’économie marocaine au cours de la dernière décennie.

Le rapport estime que ce montant comprend 114 milliards de dirhams liés aux dépenses énergétiques, 29 milliards de dirhams consacrés aux mécanismes de compensation publics et 54 milliards de dirhams de valeur industrielle perdue.

D’après l’étude, la fermeture de la SAMIR n’a pas réduit la consommation nationale de carburants. Elle a simplement déplacé l’activité de raffinage vers l’étranger. Au lieu d’importer du pétrole brut pour le transformer localement, le Maroc importe désormais des produits raffinés, permettant à des raffineries étrangères de capter la valeur ajoutée générée par cette activité.

La facture énergétique du Royaume a atteint 114 milliards de dirhams en 2024, même si elle a reculé de 6,5 % par rapport à l’année précédente. Les analystes considèrent que ce chiffre illustre la forte dépendance du pays aux approvisionnements énergétiques extérieurs.

Le directeur général de Vivae Capital, Amine Belkeziz, souligne que la dépendance totale du Maroc aux produits pétroliers raffinés importés depuis l’arrêt de la SAMIR a entraîné un coût économique indirect important. Selon lui, environ 54 milliards de dirhams de marges de raffinage ont été générés à l’étranger au cours des dix dernières années alors qu’ils auraient pu bénéficier à l’économie nationale.

Le rapport met également en avant la vulnérabilité du pays face aux perturbations des chaînes d’approvisionnement internationales. Les tensions affectant le détroit d’Hormuz et les routes commerciales alternatives ont montré l’impact rapide que peuvent avoir les chocs extérieurs sur les secteurs stratégiques.

L’étude souligne aussi le poids persistant des subventions énergétiques. Les dépenses de compensation ont atteint 16,5 milliards de dirhams en 2025 et devraient s’établir à 13,8 milliards de dirhams dans le budget 2026. Le gaz butane représente à lui seul entre 12 et 13 milliards de dirhams de soutien public chaque année.

Parallèlement, la CDT a annoncé l’organisation d’une marche nationale à Casablanca le 28 juin pour dénoncer la hausse du coût de la vie et la dégradation des conditions sociales. Le syndicat appelle les salariés, les retraités, les jeunes sans emploi et l’ensemble des citoyens à se mobiliser contre la baisse du pouvoir d’achat, l’augmentation du chômage et ce qu’il considère comme une réponse insuffisante aux revendications socio-économiques.

La centrale syndicale réclame notamment des augmentations salariales dans les secteurs public et privé, une revalorisation du salaire minimum, des allègements fiscaux, une amélioration des pensions et une meilleure protection des droits des travailleurs. Elle demande également le respect des engagements issus du dialogue social et s’oppose à certaines réformes des retraites qu’elle juge défavorables aux salariés.

La relance de la raffinerie SAMIR figure parmi les principales revendications du syndicat, qui considère cette installation comme un élément essentiel de la sécurité énergétique et de la souveraineté industrielle du Maroc.

Située à Mohammedia, la SAMIR était la seule raffinerie pétrolière du pays. Elle a cessé ses activités en 2015 après de graves difficultés financières liées à un endettement important, à des pertes accumulées ainsi qu’à des différends portant sur la fiscalité et la libéralisation du marché des carburants.

Depuis sa fermeture, le Maroc dépend entièrement des importations de produits pétroliers raffinés. Cette situation continue d’alimenter le débat sur la souveraineté énergétique, les prix des carburants et la politique industrielle nationale.

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