Bank of Africa mobilise 300 millions de dollars pour une route stratégique en Guinée
Le groupe marocain Bank of Africa franchit une nouvelle étape dans son développement continental en orchestrant un prêt syndiqué international de 300 millions de dollars destiné au financement d’une infrastructure routière majeure en Guinée. Cette opération illustre la montée en puissance des établissements bancaires marocains dans le financement de grands projets en Afrique de l’Ouest et confirme leur capacité à structurer des montages financiers complexes à dimension internationale.
Le financement permettra la réalisation d’un axe routier de 160 kilomètres reliant Labé, Banti, Tougué et le fleuve Bafing, un corridor inscrit dans le programme guinéen de développement des infrastructures de transport. Le projet comprend également la construction de la liaison Banti Koubia ainsi qu’un pont sur le fleuve Bafing, avec pour objectif de désenclaver une région stratégique et de renforcer les échanges économiques à l’échelle nationale et régionale.
L’opération a été pilotée par Bank of Africa United Kingdom PLC, filiale londonienne du groupe marocain, qui a agi en qualité de coordinateur mondial et d’arrangeur principal mandaté. La banque a réuni autour du projet plusieurs institutions financières internationales afin de constituer un financement syndiqué capable de répondre aux besoins d’un chantier d’envergure.
L’une des particularités de cette transaction réside dans sa structure hybride. Elle associe un financement conventionnel à une tranche conforme à la finance islamique sous forme de Mourabaha. Ce mécanisme repose sur un contrat de vente avec marge bénéficiaire plutôt que sur un prêt à intérêt. L’opération bénéficie également d’une garantie partielle de la Société islamique d’assurance des investissements et des crédits à l’exportation, affiliée au Groupe de la Banque islamique de développement.
Selon Bank of Africa, cette transaction constitue une première historique pour la Guinée, qui accède simultanément au marché international des prêts syndiqués et au marché de la finance islamique. Cette double ouverture pourrait faciliter à l’avenir le recours du pays à des financements internationaux plus diversifiés pour soutenir ses ambitions en matière d’infrastructures.
La signature officielle de l’accord s’est déroulée à Conakry en présence de plusieurs responsables des deux pays. Saïd Adren, directeur exécutif de Bank of Africa United Kingdom PLC, et Zineb Tamtaoui, directrice exécutive de Bank of Africa Dubai, représentaient le groupe bancaire marocain. Côté guinéen, la cérémonie a réuni la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, le ministre des Infrastructures et des Travaux publics, Facinet Sylla, ainsi que l’ambassadeur du Maroc en Guinée, Issam Taib.
L’ambassadeur marocain a salué cette initiative comme une illustration concrète de la capacité des institutions africaines à mobiliser des financements de moyen et long terme au service du développement du continent. Il a souligné l’importance de renforcer les mécanismes de coopération financière entre pays africains afin d’accélérer la réalisation de projets structurants.
Pour Khalid Nasr, directeur général exécutif chargé du Maroc ainsi que de la banque d’investissement et du financement des entreprises chez Bank of Africa, cette opération confirme le positionnement du groupe parmi les principaux acteurs africains capables de structurer des financements complexes pour de grands projets d’infrastructure. Il a également mis en avant la capacité de la banque à combiner finance conventionnelle et finance islamique afin de répondre aux besoins croissants des économies africaines.
Le directeur général de Bank of Africa United Kingdom PLC a replacé cette opération dans la stratégie de coopération Sud Sud portée par le Maroc. Selon lui, ce projet ouvre la voie à de nouveaux partenariats dans les infrastructures guinéennes et renforce la présence du groupe bancaire dans le financement du développement régional.
Du côté des autorités guinéennes, ce chantier est présenté comme un investissement structurant inscrit dans le programme national Simandou 2040. L’entreprise Compagnie Sahélienne des Entreprises sera chargée des travaux et s’est engagée à respecter les délais contractuels ainsi que les normes internationales de qualité.
Le gouvernement guinéen souligne que ce corridor du nord n’a jamais bénéficié d’une route moderne entièrement revêtue depuis l’indépendance du pays. Les autorités estiment que cette nouvelle infrastructure permettra de relier plus efficacement les bassins de production aux marchés nationaux et régionaux, de réduire les coûts logistiques et d’améliorer la circulation des personnes et des marchandises.
Mariama Ciré Sylla a qualifié le projet d’investissement structurant pour le développement économique et social de la Guinée, en l’inscrivant dans la vision stratégique du président Mamadi Doumbouya. À la clôture de la cérémonie, elle a affirmé que cet accord dépassait le simple cadre d’un financement, le présentant comme le symbole d’une Guinée tournée vers l’avenir et d’une coopération appelée à se renforcer avec Bank of Africa et ses partenaires.
Le ministre des Infrastructures, Facinet Sylla, a estimé que la mobilisation de ce financement international démontre l’attractivité croissante de la Guinée auprès des investisseurs. Selon lui, chaque investissement dans les infrastructures contribue directement à la croissance économique, à l’augmentation du produit intérieur brut et au renforcement des finances publiques.
Les préparatifs de cette opération avaient débuté plusieurs mois auparavant. Dès le mois d’avril, une délégation conjointe de Bank of Africa et de BMCE Bank International s’était rendue auprès des autorités guinéennes alors que le financement était déjà sécurisé et que seule la signature officielle restait à finaliser.
Cette transaction confirme une évolution plus large du secteur bancaire marocain. Les établissements financiers du Royaume ne se limitent plus au financement des marchés domestiques. Ils jouent désormais un rôle central dans la structuration de grands projets d’infrastructures africains, en mobilisant des capitaux internationaux et des solutions financières innovantes qui renforcent l’intégration économique du continent.
