Ceuta : le Maroc accuse la désinformation numérique et les réseaux de trafic d’avoir alimenté les tentatives de passage
Le ministère marocain de l’Intérieur affirme que les récentes tentatives de franchissement irrégulier vers les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla n’ont rien eu de spontané. Selon les autorités, ces événements sont le résultat d’une combinaison de campagnes de désinformation en ligne, de l’action des réseaux de traite des êtres humains et d’une interprétation erronée de certaines évolutions juridiques ayant laissé croire à des milliers de candidats à la migration qu’il était possible de rejoindre l’Europe sans conséquences immédiates.
Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Rachid El Khalti, a expliqué que l’analyse des événements démontre une dynamique préparée et alimentée par plusieurs facteurs convergents. Les autorités estiment que des plateformes numériques ont été utilisées pour diffuser de fausses informations, encourageant de nombreux migrants à prendre des risques en leur faisant croire que les frontières espagnoles étaient facilement accessibles.
Cette prise de parole intervient après plusieurs jours de forte tension aux abords de Ceuta et Melilla, où des images largement relayées sur les réseaux sociaux ont montré des milliers de personnes tentant de rejoindre les enclaves espagnoles à la nage ou en empruntant différents itinéraires.
Les réseaux sociaux pointés du doigt
Selon le ministère, les réseaux de trafic de migrants ont exploité les plateformes numériques pour diffuser des messages trompeurs et attirer un grand nombre de candidats au départ.
Des informations relayées notamment par des médias espagnols faisaient état de comptes anonymes sur TikTok présentant la traversée comme simple et sans risque. Ces comptes partageaient également des captures d’écran de Google Maps ainsi que des indications sur les points de départ et les équipements susceptibles de faciliter la traversée.
Les autorités marocaines estiment que ces contenus ont créé une perception totalement déconnectée de la réalité, en minimisant les risques humains et les conséquences juridiques liés à l’immigration irrégulière.
Une stratégie sécuritaire renforcée
Face à cette situation, le ministère indique avoir adopté une approche préventive fondée sur la surveillance anticipée des signaux d’alerte, le renforcement des dispositifs de sécurité et une mobilisation accrue des autorités territoriales.
Les opérations ont également porté sur le contrôle terrestre et maritime afin de limiter les départs, protéger les personnes exposées au danger et préserver l’ordre public.
Selon le ministère, cette stratégie a permis de reprendre rapidement le contrôle de la situation tout en appliquant la loi dans le respect du principe de proportionnalité.
Des chiffres officiels qui contredisent certaines estimations
Le ministère de l’Intérieur rejette les estimations largement diffusées dans certains médias concernant le nombre de personnes impliquées.
Les données officielles issues des systèmes de surveillance et des dispositifs de suivi sur le terrain font état d’environ 40 000 personnes ayant convergé vers Ceuta et d’environ 1 135 vers Melilla.
Le ministère insiste sur le fait que ces chiffres reposent sur des mécanismes techniques de collecte et de vérification validés par les autorités compétentes et constituent désormais la référence officielle.
Les personnes ayant réussi à atteindre Melilla ont, selon Rabat, été immédiatement reconduites.
L’impact d’une décision judiciaire espagnole
Le ministère établit également un lien entre ces mouvements migratoires et une décision rendue le 8 juillet par la Cour suprême espagnole concernant les migrants arrivant par voie maritime.
Selon les autorités marocaines, cette décision a été rapidement détournée par les réseaux de trafic de migrants qui ont diffusé une interprétation trompeuse laissant croire que les personnes rejoignant les côtes espagnoles à la nage ne seraient pas immédiatement refoulées.
Cette lecture erronée aurait favorisé une multiplication des tentatives de traversée à la nage, beaucoup estimant que cette méthode augmentait leurs chances d’accéder au territoire espagnol.
Le ministère considère que cette perception a fortement contribué à la concentration des tentatives de franchissement observées ces derniers jours.
Un bilan humain toujours controversé
Les autorités marocaines indiquent que les données actuellement disponibles font état d’un décès accidentel provoqué par une chute depuis une zone rocheuse proche de Ceuta ainsi que de dix décès par noyade.
Le ministère poursuit parallèlement les vérifications avec les autorités espagnoles afin d’établir le nombre exact de victimes, leur identité et leur nationalité avant d’engager les procédures administratives, judiciaires et humanitaires nécessaires.
En Espagne, plusieurs responsables locaux ont avancé des bilans beaucoup plus élevés. Les autorités espagnoles évoquent 72 morts tandis que des responsables à Ceuta parlent d’un total de 88 victimes, ce qui a conduit à la mobilisation d’une morgue temporaire pouvant accueillir jusqu’à 200 corps.
Cet écart entre les chiffres publiés par les deux pays illustre la complexité des opérations d’identification et des investigations toujours en cours.
La coopération maroco espagnole au cœur de la réponse
Le ministère souligne que les mécanismes de coopération entre Rabat et Madrid ont permis le retour des migrants ayant pénétré dans les enclaves espagnoles.
Les postes frontaliers ont également été ouverts aux personnes souhaitant rentrer volontairement au Maroc, une mesure qui a contribué à un retour progressif au calme.
Les autorités rappellent qu’une enquête judiciaire est en cours afin d’établir les responsabilités liées à l’organisation de ces tentatives de franchissement et d’engager les poursuites prévues par la loi.
Le Maroc défend son rôle dans la lutte contre la migration irrégulière
Le ministère de l’Intérieur affirme que la gestion des migrations ne peut reposer uniquement sur les pays de transit et appelle à une responsabilité partagée entre les partenaires internationaux.
Rabat réaffirme son engagement dans la lutte contre les réseaux de traite des êtres humains, le renforcement de la coopération avec l’Espagne et la protection des frontières, tout en assurant agir dans le respect de ses obligations nationales et internationales.
Les autorités estiment que les événements de Ceuta illustrent la montée en puissance de la désinformation numérique comme facteur de mobilisation migratoire. Elles considèrent désormais que la lutte contre les contenus trompeurs diffusés sur les plateformes en ligne constitue un volet essentiel de la prévention de l’immigration irrégulière.
