Les humanitaires face à un niveau record de violences dans les conflits
Le nombre de travailleurs humanitaires tués, blessés ou kidnappés dans le monde a atteint un niveau record en 2025. Selon l’Organisation des Nations Unies, 907 travailleurs humanitaires ont été victimes d’attaques au cours de l’année, contre 833 en 2024.
L’ONU a publié ces chiffres à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire. L’organisation alerte aussi sur l’évolution des menaces auxquelles sont confrontés les acteurs de l’aide dans les zones de conflit, avec la montée en puissance des drones armés.
« Servir les autres est devenu plus dangereux que jamais », a déclaré le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, avant des cérémonies organisées à New York et à Genève en hommage aux travailleurs humanitaires.
Le bilan des victimes tuées s’établit à 350 personnes en 2025. Ce chiffre reste inférieur aux 387 décès enregistrés en 2024, qui constituaient alors un record. Il représente toutefois le deuxième bilan annuel le plus élevé jamais recensé par l’Aid Worker Security Database, une base de données financée par les gouvernements canadien et australien.
Gaza reste la zone la plus meurtrière
Gaza demeure l’endroit le plus dangereux au monde pour les travailleurs humanitaires pour la troisième année consécutive. En 2025, 186 humanitaires y ont été tués. Les bombardements aériens représentent 68 % des décès enregistrés.
Le Soudan arrive ensuite avec 71 travailleurs humanitaires tués en 2025. Le pays a enregistré son bilan annuel le plus lourd, principalement en raison d’attaques menées avec des armes légères.
La situation soudanaise s’inscrit dans une tendance persistante. Le nombre de travailleurs humanitaires tués dans le pays augmente pour la cinquième année consécutive.
L’UNRWA a également fait état d’un bilan particulièrement lourd depuis le début de la guerre entre Israël et Gaza, le 7 octobre 2023. Au moins 393 membres de son personnel ont été tués depuis cette date.
Philippe Lazzarini, ancien chef de l’UNRWA, avait indiqué plus tôt en 2026 vouloir constituer un groupe d’experts de haut niveau afin d’enquêter sur ces décès.
Les violences contre les humanitaires ne se sont pas arrêtées avec la fin de 2025. Depuis le début de 2026, 82 autres travailleurs humanitaires ont été tués dans le monde. Quelque 97 ont été blessés et 39 ont été kidnappés.
Les drones armés changent la nature des menaces
L’ONU souligne désormais le rôle croissant des drones armés dans les conflits. Ces appareils à bas coût permettent à un nombre toujours plus important d’acteurs de disposer de capacités de frappe.
Tom Fletcher, chef de l’aide humanitaire de l’ONU, considère cette évolution comme une menace émergente pour les civils et les travailleurs humanitaires. Il estime que la diffusion de ces technologies place « le pouvoir de tuer entre des mains toujours plus nombreuses ».
Le Soudan illustre cette évolution. Les drones armés auraient été responsables de 80 % des décès civils enregistrés dans le pays au cours des quatre premiers mois de 2026. Des marchés et des établissements de santé ont notamment été frappés.
La Colombie connaît également une progression des attaques impliquant des drones militarisés. Leur nombre a quadruplé entre 2024 et 2025.
Cette évolution ajoute une nouvelle dimension aux risques déjà associés aux conflits armés. Les organisations humanitaires doivent désormais composer avec des attaques qui peuvent toucher des populations civiles et des infrastructures essentielles dans des environnements où leur capacité d’intervention reste limitée.
L’ONU réclame le respect du droit international
Tom Fletcher a également souligné l’ampleur du bilan humain accumulé ces dernières années. Plus de 1 000 travailleurs humanitaires ont été tués en seulement trois ans, selon ses déclarations.
Le responsable humanitaire de l’ONU appelle les États à respecter le droit international humanitaire et à utiliser tous les moyens disponibles pour protéger les civils ainsi que les personnels engagés dans les opérations d’aide.
Il réclame aussi des conséquences concrètes pour les auteurs de violations.
Cette demande intervient alors que les travailleurs humanitaires continuent d’intervenir dans des zones marquées par les bombardements, les affrontements armés et les enlèvements. Leur présence vise notamment à apporter une assistance aux populations touchées par les conflits.
Les organisations humanitaires demandent des comptes
Oxfam appelle également à renforcer les mécanismes de protection. Bushra Khalidi, responsable mondiale des politiques humanitaires de l’organisation, estime que les violences actuelles constituent une attaque contre l’action humanitaire elle-même.
La Commission européenne a, de son côté, indiqué qu’elle maintiendrait ses engagements en tant que donateur.
L’institution européenne considère que chaque travailleur humanitaire tué représente à la fois une tragédie individuelle et un échec de la communauté internationale à respecter ses engagements fondamentaux.
Le bilan de 2025 met ainsi en évidence un paradoxe. Le nombre total de travailleurs humanitaires victimes d’attaques progresse alors même que le nombre de décès recule par rapport au record de 2024.
Pour l’ONU et les organisations humanitaires, cette évolution confirme la nécessité de renforcer la protection des personnels engagés auprès des populations civiles. La progression des attaques utilisant des drones armés ajoute une pression supplémentaire sur les opérations d’aide et pose la question de la capacité de la communauté internationale à faire respecter les règles applicables aux conflits.
