Le pétrole dépasse 91 dollars, Ormuz ravive les tensions sur les marchés
Le pétrole poursuit sa progression pour la quatrième séance consécutive. Le Brent a franchi le seuil des 91 dollars le baril mercredi, porté par l’incertitude autour du détroit d’Ormuz et l’absence de perspective claire de désescalade entre les États-Unis et l’Iran. Le Brent évoluait à 91,56 dollars, tandis que le WTI atteignait 85,53 dollars, ses niveaux les plus élevés depuis la fin juillet.
La situation autour d’Ormuz reste au centre des préoccupations des marchés. Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation avec l’Iran n’était en cours ou prévue. Il a également affirmé que le détroit restait ouvert. Téhéran conteste cette version et maintient que le passage restera fermé tant que Washington ne remplira pas les conditions prévues dans l’accord intérimaire conclu en juin, arrivé à expiration lundi.
Un haut responsable iranien cité par Reuters a par ailleurs indiqué que Téhéran adoptait désormais une posture militaire pleinement offensive. Ces déclarations entretiennent une prime de risque sur les marchés pétroliers alors que les armateurs continuent de réduire leur exposition à cette voie maritime stratégique.
Les flux pétroliers restent fortement perturbés
Le trafic commercial dans le détroit d’Ormuz reste très inférieur à son niveau d’avant-guerre. Les données de fret font état de seulement six navires marchands ayant franchi le passage lundi. Selon Kpler, les flux pétroliers sont tombés à environ 2 millions de barils par jour depuis le début du mois d’août, contre une moyenne d’environ 18 millions de barils par jour avant le conflit.
Cette contraction alimente les inquiétudes sur la capacité du marché à absorber une perturbation prolongée. Le détroit constitue une voie essentielle pour les exportations énergétiques du Golfe. Les tensions qui l’entourent affectent donc directement les anticipations des traders, même lorsque les volumes effectivement retirés du marché restent difficiles à mesurer.
Les producteurs de la région cherchent à limiter les conséquences de cette situation. Saudi Aramco a repris certains chargements de brut à l’intérieur du détroit et propose des cargaisons grâce à des transferts de navire à navire près de Fujairah. L’Irak prépare pour sa part de nouveaux mécanismes d’exportation par des itinéraires alternatifs à partir du 1er septembre.
Le transport maritime devient lui aussi un facteur de risque. Deux grands armateurs chinois ont cessé d’envoyer leurs pétroliers à travers Ormuz et privilégient désormais la récupération de leurs cargaisons en dehors du Golfe. Cette stratégie réduit l’exposition directe des navires, mais elle augmente les contraintes logistiques et complique l’acheminement du brut vers les marchés asiatiques.
Le recours aux pétroliers fantômes complique la lecture du marché
Les Émirats arabes unis semblent également avoir recours à un réseau de pétroliers qui désactivent leurs systèmes de localisation lors du passage par le détroit. Cette pratique rend les mouvements de navires plus difficiles à suivre.
Le problème dépasse la seule question de la sécurité maritime. Il touche aussi à la visibilité des approvisionnements. Les opérateurs savent que les flux sont perturbés, mais disposent de moins d’informations pour mesurer leur ampleur avec précision.
Cette opacité intervient alors que les marchés pétroliers sont déjà confrontés à des tensions sur les capacités de raffinage. La marge de raffinage du diesel à partir du brut a dépassé pour la première fois 100 dollars le baril, selon les données citées dans le dossier. Le marché ne surveille donc plus uniquement le prix du brut. Il s’inquiète aussi de la disponibilité des produits raffinés.
Les stocks américains renforcent la pression
Aux États-Unis, les données de l’American Petroleum Institute ont fait apparaître une légère baisse des stocks de brut la semaine dernière. Les investisseurs attendent les chiffres officiels de l’Energy Information Administration, publiés mercredi, pour déterminer si cette tendance se confirme.
La situation des réserves stratégiques américaines ajoute un élément de tension. Elles se situent à leur niveau le plus bas depuis plus de quatre décennies, ce qui réduit la marge de manœuvre disponible en cas de choc prolongé sur l’approvisionnement.
Le marché doit donc composer avec plusieurs facteurs simultanés. Les flux par Ormuz restent perturbés, les capacités de raffinage sont sous pression et les stocks américains offrent moins de protection qu’auparavant.
Les projections de prix divergent
Les banques commencent à mesurer le coût potentiel d’une prolongation de la crise. JPMorgan estime que chaque mois supplémentaire de perturbation pourrait ajouter entre 7 et 8 dollars au prix du baril de Brent. Dans son scénario, une perturbation de trois mois porterait le prix mensuel moyen autour de 114 dollars.
Goldman Sachs envisage pour sa part un Brent pouvant atteindre 120 dollars si les perturbations du transport maritime se poursuivent. Son scénario central reste toutefois fondé sur une baisse progressive des tensions.
Ces projections montrent l’importance de la durée de la crise. Une perturbation temporaire peut être absorbée par les stocks, les itinéraires alternatifs et les ajustements des producteurs. Une interruption prolongée modifie en revanche l’équilibre du marché et peut accentuer les tensions sur les prix.
Des analyses récentes soulignent déjà le risque d’un retour du Brent vers les 100 dollars si les incertitudes autour d’Ormuz persistent.
La facture énergétique devient un enjeu politique
La hausse du pétrole se répercute déjà sur les carburants américains. Le prix de l’essence atteignait 4,06 dollars le gallon lundi, en hausse de 29 % sur un an.
Cette évolution constitue un enjeu politique pour Donald Trump, qui avait fait de la baisse des coûts de l’énergie l’un des arguments de sa campagne. La remontée des prix intervient aussi à l’approche des élections législatives américaines de novembre.
Le risque dépasse cependant les États-Unis. Une hausse durable du pétrole peut alimenter l’inflation dans les économies importatrices, augmenter les coûts du transport et exercer une pression sur les entreprises et les ménages. Les marchés obligataires ont déjà commencé à intégrer le risque d’une inflation alimentée par l’énergie.
La crise actuelle rappelle aussi la dépendance persistante du commerce énergétique mondial à quelques passages stratégiques. Avant la guerre, environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié transitaient par Ormuz.
Un marché suspendu à l’évolution d’Ormuz
La trajectoire du pétrole dépend désormais largement de l’évolution de la confrontation entre Washington et Téhéran. Une reprise des négociations et une réouverture effective du détroit pourraient réduire rapidement la prime de risque accumulée sur les prix.
À l’inverse, une prolongation des restrictions maritimes renforcerait les tensions sur les approvisionnements. Les précédentes perturbations ont déjà poussé les producteurs du Golfe à développer des itinéraires alternatifs, notamment via les ports de la mer Rouge.
Pour les marchés, la question centrale n’est donc plus seulement de savoir si le pétrole peut dépasser 90 dollars. Elle porte désormais sur la durée pendant laquelle les flux énergétiques pourront rester perturbés sans provoquer un choc plus large sur les prix, le raffinage et l’inflation mondiale.
