Le Maroc engage 216,3 millions d’euros pour transformer l’agriculture solidaire

Le Maroc engage 216,3 millions d’euros pour transformer l’agriculture solidaire

Le Maroc franchit une nouvelle étape dans la modernisation de son secteur agricole avec le lancement du Programme d’appui à l’agriculture solidaire inclusive des femmes et des jeunes (PAASIFEJ). Présenté à Rabat par l’Agence pour le Développement Agricole (ADA), en partenariat avec la Banque africaine de développement (BAD), ce programme mobilise une enveloppe globale de 216,3 millions d’euros, dont 100 millions d’euros financés par l’institution panafricaine.

Déployé entre 2025 et 2030, le PAASIFEJ cible sept régions stratégiques du Royaume : Tanger-Tétouan-Al Hoceima, l’Oriental, Fès-Meknès, Béni Mellal-Khénifra, Marrakech-Safi, Drâa-Tafilalet et Souss-Massa. L’initiative s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale Génération Green 2020-2030, qui place l’inclusion sociale, la création de valeur et la résilience climatique au cœur du développement agricole.

Face à la succession des épisodes de sécheresse et aux pressions croissantes liées au changement climatique, les autorités entendent renforcer la capacité d’adaptation des exploitations agricoles tout en améliorant les revenus des petits producteurs. Le programme vise également à réduire les disparités territoriales en soutenant les populations rurales les plus vulnérables.

Selon El Mahdi Arrifi, directeur général de l’ADA, le PAASIFEJ ne se limite pas à un simple mécanisme de financement. Il constitue un levier de transformation destiné à faire évoluer l’agriculture solidaire vers un modèle plus performant, plus durable et davantage orienté vers les résultats. Cette approche repose sur des objectifs précis, des indicateurs de performance mesurables et un dispositif de suivi permettant d’évaluer concrètement les impacts des projets sur les territoires bénéficiaires.

Les femmes rurales au cœur de la stratégie

L’un des axes majeurs du programme concerne l’autonomisation économique des femmes rurales. Le PAASIFEJ prévoit l’accompagnement de 700 femmes entrepreneures afin de faciliter la formalisation de leurs activités, renforcer leurs compétences et améliorer leur intégration dans les chaînes de valeur agricoles.

Cette orientation intervient dans un contexte où l’entrepreneuriat féminin est devenu un enjeu central des politiques publiques de développement. L’objectif est de favoriser l’émergence d’activités génératrices de revenus durables et de renforcer la participation des femmes à l’économie rurale.

Les jeunes figurent également parmi les principaux bénéficiaires. Le programme ambitionne de créer de nouvelles opportunités économiques dans les campagnes à travers le développement de projets agricoles, para-agricoles et entrepreneuriaux capables de générer des emplois locaux.

Des investissements ciblés pour améliorer la productivité

Au-delà de son volet social, le PAASIFEJ prévoit des investissements structurants destinés à renforcer les infrastructures agricoles et à améliorer les conditions de production.

Le programme comprend notamment la réhabilitation et l’aménagement de 160 kilomètres de séguias, infrastructures essentielles à l’irrigation traditionnelle dans plusieurs régions du Royaume. Il prévoit également la création de 150 points d’eau destinés à améliorer l’accès aux ressources hydriques pour les exploitations agricoles.

Ces investissements doivent permettre d’accroître la productivité des exploitations, de sécuriser les activités agricoles et de faciliter l’intégration des petits producteurs dans les circuits économiques et les chaînes de valeur.

Une réponse aux défis climatiques

La dimension environnementale constitue un pilier central du programme. Le PAASIFEJ prévoit la plantation et le développement de 50 000 hectares d’espèces arboricoles résilientes afin de renforcer la capacité d’adaptation des territoires ruraux face aux changements climatiques.

Cette mesure vise à restaurer des écosystèmes fragilisés, lutter contre la dégradation des sols et préserver les ressources naturelles. Elle s’inscrit dans les efforts engagés par le Maroc pour accélérer la transition vers une agriculture plus durable et moins vulnérable aux aléas climatiques.

Alors que les questions de gestion de l’eau et de sécurité alimentaire occupent une place croissante dans les politiques agricoles nationales, ces investissements apparaissent comme des leviers stratégiques pour préserver la compétitivité du secteur à long terme.

Un financement lié à la performance

Le programme introduit également une innovation majeure dans la gestion des projets publics grâce à l’adoption du mécanisme de Financement basé sur les résultats (FBR).

Dans ce modèle, les décaissements financiers sont conditionnés à l’atteinte d’indicateurs de performance prédéfinis et vérifiables. Cette approche vise à renforcer l’efficacité des investissements, améliorer la transparence de l’action publique et promouvoir une culture de résultats au sein des structures chargées de la mise en œuvre.

Pour la Banque africaine de développement, cette démarche représente un outil important pour maximiser l’impact des financements et garantir une meilleure utilisation des ressources mobilisées.

Une gouvernance axée sur la coordination territoriale

La mise en œuvre du PAASIFEJ sera assurée par un Comité national de pilotage et une Unité de gestion du programme chargés de coordonner les différentes composantes du dispositif.

Les Directions régionales de l’agriculture, les services déconcentrés de l’État et les partenaires territoriaux joueront un rôle déterminant dans l’exécution des projets et leur adaptation aux réalités locales.

Cette gouvernance décentralisée doit permettre de répondre plus efficacement aux besoins spécifiques des territoires tout en garantissant la cohérence des interventions à l’échelle nationale.

Une nouvelle impulsion pour le monde rural

Avec une enveloppe de plus de 216 millions d’euros, des objectifs sociaux ambitieux et une forte orientation vers la résilience climatique, le PAASIFEJ s’impose comme l’un des programmes agricoles les plus structurants lancés ces dernières années au Maroc.

En soutenant les petits producteurs, en favorisant l’entrepreneuriat féminin, en créant des perspectives pour les jeunes ruraux et en renforçant les infrastructures agricoles, le Royaume cherche à consolider un modèle de développement rural plus inclusif, plus compétitif et mieux préparé aux défis environnementaux à venir.

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