La Colombie bascule à droite et prive le Polisario de son dernier bastion latino-américain
L’élection d’Abelardo de la Espriella à la présidence colombienne dimanche soir provoque des ondes de choc bien au-delà de Bogotá. À sept mille kilomètres de là, le Front Polisario et son parrain algérien perdent leur dernier relais diplomatique d’envergure dans l’hémisphère occidental.
Une victoire qui redistribue les cartes au Conseil de sécurité
L’avocat pénaliste soutenu par Donald Trump, surnommé El Tigre, a remporté le second tour avec 49,7 % des voix face au sénateur de gauche Iván Cepeda. Pour le Polisario, ce résultat est un coup dévastateur. La Colombie occupe actuellement un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies jusqu’en 2027, un levier que le mouvement séparatiste comptait exploiter après l’expiration du mandat algérien en décembre 2025.
Il y a quelques jours à peine, le Polisario avait adressé une lettre formelle à la présidence colombienne du Conseil, qui assure la présidence tournante de juin, pour réclamer une session d’urgence sur de présumées frappes de drones marocains à l’est du berm. Cette démarche tombe désormais dans le vide.
L’anomalie Petro
Le président sortant Gustavo Petro avait incarné une parenthèse idéologique inédite. Trois jours après son investiture en août 2022, première présidence de gauche de l’histoire colombienne, il avait ressuscité un communiqué commun datant de 1985 pour rétablir des liens diplomatiques avec la « République arabe sahraouie démocratique », entité sans territoire, sans institutions et sans reconnaissance onusienne.
La réaction intérieure avait été immédiate : 62 des 108 sénateurs colombiens avaient signé une motion bipartisane de réprobation, dénonçant une ingérence contraire aux principes diplomatiques et une rupture irresponsable avec Rabat. Petro avait tenu bon, rencontrant l’envoyé latino-américain du Polisario en fin 2025 et affichant publiquement son soutien au mouvement séparatiste.
Un continent qui tourne la page
La victoire de De la Espriella s’inscrit dans une recomposition politique continentale de grande ampleur. L’Argentine de Milei, le Chili de Kast, l’Équateur, le Costa Rica et la Bolivie ont successivement sanctionné les gouvernements de gauche pour installer des administrations pro-américaines et pro-marché, sans intérêt pour les causes portées par Alger.
Le Honduras a suspendu sa reconnaissance de la RASD en avril. La Bolivie a coupé tous ses liens en février. L’Équateur s’est retiré en octobre 2024. Le Panama, premier pays à avoir reconnu l’entité en 1978, a lui aussi rompu. Le réseau latino-américain du Polisario se réduit désormais à Cuba, au Nicaragua, au Venezuela et à quelques micro-États caribéens.
Un siège onusien qui change de camp
Le siège colombien au Conseil de sécurité, que le Polisario envisageait comme son bouclier multilatéral après le départ algérien, devrait changer de posture. De la Espriella hérite d’un Congrès hostile au dossier séparatiste et d’un appareil diplomatique désireux de réparer les dégâts infligés par Petro aux relations avec le Maroc. Dans le sillage de la résolution 2797 d’octobre 2025, qui a consacré le plan d’autonomie marocain comme cadre exclusif de règlement sous impulsion américaine, Bogotá devrait adopter une position neutre, voire coopérative, sur le dossier saharien.
Pour le Polisario, la Colombie n’était pas une pièce parmi d’autres. C’était la dernière capitale latino-américaine combinant affinité idéologique et poids institutionnel réel au plus haut niveau de la gouvernance multilatérale. Sa perte referme une page diplomatique que rien, sur ce continent, ne semble en mesure de rouvrir.




