Gazoduc Maroc Nigéria, de nouveaux financements internationaux à l’étude
Le Maroc explore de nouvelles pistes de financement pour accélérer la réalisation du gazoduc Maroc Nigéria, un projet stratégique estimé à 26 milliards de dollars, soit environ 243 milliards de dirhams. Selon un récent rapport de Bloomberg, le Royaume mène des discussions préliminaires avec la Banque américaine d’import export (Exim Bank) ainsi qu’avec la Banque mondiale afin de soutenir le financement de cette infrastructure énergétique majeure destinée à relier l’Afrique à l’Europe.
L’ambassadeur du Maroc aux États-Unis, Youssef Amrani, a confirmé que des échanges sont en cours concernant les mécanismes de financement, sans toutefois dévoiler les modalités envisagées. De son côté, Bloomberg rapporte qu’un porte-parole de l’Exim Bank a confirmé l’existence de discussions à un stade préliminaire. La Banque mondiale n’a, en revanche, formulé aucun commentaire sur le dossier.
Cette recherche de partenaires financiers intervient dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques affectant les marchés énergétiques. Les perturbations des flux énergétiques au Moyen Orient, notamment en raison du conflit impliquant l’Iran, renforcent l’intérêt stratégique de nouvelles routes d’approvisionnement en gaz naturel vers l’Europe. Dans ce contexte, le corridor énergétique reliant le Nigéria au Maroc apparaît comme une alternative de plus en plus crédible pour diversifier les sources d’approvisionnement du continent européen.
Long d’environ 6 800 kilomètres, le futur gazoduc transportera le gaz naturel nigérian jusqu’au Maroc avant son raccordement au réseau gazier européen. Le Royaume accueillera plus de 1 600 kilomètres de cette infrastructure, qui traversera également plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.
Le projet a franchi une étape décisive le 19 juillet dernier lors du sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Les pays membres ont signé l’accord intergouvernemental qui fixe le cadre juridique régissant la réalisation du gazoduc. Cette signature constitue un jalon essentiel avant le lancement des prochaines phases opérationnelles.
Le Maroc et le Nigéria créeront désormais une société de projet commune réunissant l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) et la Nigerian National Petroleum Company (NNPC). Cette coentreprise aura pour mission de piloter le financement, la construction et la coordination générale du projet. Son siège sera installé à Casablanca, confirmant le rôle central du Maroc dans la gouvernance de cette infrastructure continentale.
L’accord prévoit également la création d’une Haute Autorité du gazoduc, dont le siège sera établi à Abuja. Cette institution supervisera la mobilisation des investisseurs, la coordination entre les États partenaires ainsi que la préparation de la décision finale d’investissement, étape déterminante avant le lancement effectif des travaux.
Imaginé par le roi Mohammed VI lors de sa visite officielle à Abuja en 2016, le gazoduc Maroc Nigéria s’inscrit dans la stratégie marocaine de renforcement des partenariats avec les pays africains. Le projet vise également à consolider la souveraineté énergétique du Royaume, tout en favorisant l’intégration économique régionale et le développement des infrastructures sur le continent.
L’initiative bénéficie d’un soutien politique croissant au sein de l’Afrique de l’Ouest. À l’issue de la signature de l’accord intergouvernemental, le président de la Sierra Leone et président en exercice de la CEDEAO, Julius Maada Bio, a salué les perspectives offertes par ce projet, affirmant que ses retombées profiteront directement aux populations africaines.
Pour Amina Benkhadra, directrice générale de l’ONHYM, cette infrastructure constitue un levier majeur pour renforcer durablement la sécurité énergétique de l’Afrique, accélérer l’industrialisation régionale et mieux valoriser les importantes ressources naturelles du continent. Au-delà de sa dimension énergétique, le gazoduc est appelé à devenir un puissant moteur de coopération économique entre les pays africains et un nouvel axe stratégique reliant l’Afrique aux marchés européens.
