Bank Al-Maghrib souligne la solidité des banques marocaines en 2025

Bank Al-Maghrib

Le secteur bancaire marocain a poursuivi sa trajectoire de croissance et de résilience en 2025, selon la 22e édition du rapport annuel sur la supervision bancaire présenté par Bank Al-Maghrib à Casablanca. Dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, les incertitudes commerciales et les mutations technologiques, les établissements bancaires du Royaume ont affiché des performances solides, soutenues par une conjoncture économique favorable et un cadre prudentiel robuste.

Les données publiées par la Banque centrale mettent en évidence une progression de 6,5 % du crédit bancaire et une hausse de 7,6 % des dépôts de la clientèle. La rentabilité des banques conventionnelles s’est également améliorée de manière significative, tandis que les banques participatives ont poursuivi leur redressement entamé depuis plusieurs années.

L’économie marocaine a bénéficié en 2025 d’une croissance de 4,9 %, portée notamment par les investissements dans les infrastructures économiques et sociales. L’inflation est restée particulièrement maîtrisée, s’établissant à une moyenne de 0,8 %, ce qui a permis à Bank Al-Maghrib d’assouplir sa politique monétaire en réduisant son taux directeur de 25 points de base en mars, à 2,25 %, avant de le maintenir inchangé jusqu’à la fin de l’année.

Cette orientation monétaire a contribué à soutenir le financement de l’économie, notamment en faveur des très petites entreprises, tout en répondant aux besoins de liquidité du système bancaire.

Des indicateurs financiers au vert

Le rapport met en lumière une amélioration notable des performances du secteur. Les résultats cumulés des banques conventionnelles ont progressé de 22 % sur un an, confirmant la reprise observée après les années marquées par les effets économiques de la pandémie et les tensions inflationnistes mondiales.

La qualité des actifs a également montré des signes d’amélioration. Le taux des créances en souffrance a reculé à 8,3 % sur base sociale et à 8,8 % sur base consolidée, enregistrant une légère baisse par rapport à l’exercice précédent.

Sur le plan de la solvabilité, les banques marocaines continuent de disposer de marges de sécurité confortables. Le ratio moyen de solvabilité a atteint 16,1 %, largement au-dessus du seuil réglementaire fixé à 12 %. Le ratio moyen de fonds propres de catégorie 1 s’est établi à 13,5 %, contre une exigence minimale de 9 %.

Ces performances confirment la capacité du secteur à absorber d’éventuels chocs économiques ou financiers. Malgré cette situation favorable, Bank Al-Maghrib maintient un discours prudent en invitant les établissements à faire preuve de modération dans la distribution des dividendes afin de préserver leur capacité de résistance face aux risques futurs.

Le climat et la cybersécurité deviennent des priorités

La supervision bancaire évolue désormais bien au-delà des risques financiers traditionnels. Face à l’accélération du changement climatique et à la transformation numérique du secteur, Bank Al-Maghrib renforce progressivement son arsenal réglementaire.

La Banque centrale a intensifié les exigences liées à la publication d’informations sur les risques climatiques et à la collecte de données concernant les expositions des grands emprunteurs. Elle participe également à l’élaboration de la taxonomie financière verte nationale ainsi qu’à la mise en œuvre de la stratégie de finance climat à l’horizon 2030.

Parallèlement, la cybersécurité occupe une place croissante dans les mécanismes de contrôle. L’essor des services numériques, des plateformes bancaires en ligne et des nouvelles technologies financières augmente les surfaces d’exposition aux cyberattaques. Dans ce contexte, la coordination entre Bank Al-Maghrib et la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information a été renforcée afin d’améliorer la prévention et la gestion des cyber-risques.

Fintech, Open Banking et cryptoactifs en phase d’encadrement

Le rapport confirme également l’accélération de la transformation du paysage financier marocain. L’écosystème fintech poursuit son développement avec le démarrage effectif des activités de financement collaboratif et l’émergence de nouveaux acteurs spécialisés dans les services numériques.

Afin de faciliter l’intégration de ces entreprises dans l’environnement réglementaire, Bank Al-Maghrib a publié un Guide du Parcours Fintech destiné à simplifier les démarches des porteurs de projets et des entreprises innovantes.

L’année 2025 a aussi marqué une étape importante dans la préparation du cadre juridique des cryptoactifs. La Banque centrale a contribué à la finalisation du projet de loi dédié à ce segment émergent tout en lançant les travaux préparatoires à l’Open Banking avec l’appui technique de la Banque mondiale et en concertation avec le Groupement professionnel des banques du Maroc.

L’objectif consiste à favoriser l’innovation financière tout en garantissant la sécurité des données, la protection des utilisateurs et la stabilité du système financier.

Des réformes pour mieux gérer les créances en souffrance

Le traitement des créances en souffrance demeure l’un des principaux chantiers réglementaires du secteur. Plusieurs réformes ont progressé au cours de l’année, notamment la révision du régime de résolution bancaire et la préparation d’un dispositif facilitant la transférabilité directe des créances douteuses.

Le cadre prudentiel a également été renforcé grâce à une nouvelle circulaire portant sur la classification des créances en souffrance et leur couverture par des provisions adaptées.

Même si le taux global des créances en souffrance a légèrement reculé, certaines catégories restent sous surveillance. Les créances détenues sur les entreprises non financières ont progressé de 5 %, atteignant 73,7 milliards de dirhams, avec un taux de risque de 11,2 %, illustrant les défis persistants auxquels certaines entreprises demeurent confrontées.

L’inclusion financière au cœur des priorités

L’accès au financement des très petites entreprises, des auto-entrepreneurs et des populations moins bancarisées reste une priorité stratégique. Dans cette perspective, une charte dédiée au financement et à l’accompagnement des TPE a été adoptée en décembre 2025 par les différents acteurs publics et privés concernés.

Cette démarche s’inscrit dans une politique plus large visant à renforcer l’inclusion financière, réduire les disparités territoriales et favoriser l’accès aux services bancaires pour l’ensemble de la population.

Le développement des comptes de paiement, des solutions numériques et des nouveaux moyens de paiement participe également à cet objectif.

Dans le même temps, les autorités poursuivent le renforcement des dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme en préparation du troisième cycle d’évaluation du Maroc par le GAFIMOAN prévu en novembre 2026.

Une attention accrue à la protection des clients

La protection de la clientèle bancaire constitue désormais un axe central de la supervision. Bank Al-Maghrib a renforcé le suivi du respect des règles relatives à la clôture des comptes, à la délivrance des mainlevées et à la qualité du service rendu aux usagers.

Des enquêtes de type « Mystery Shopping » ont été déployées afin d’évaluer concrètement les pratiques commerciales et l’accueil dans les agences bancaires.

La Banque centrale poursuit également ses efforts en matière de transparence tarifaire ainsi que d’amélioration de l’accessibilité physique et numérique des services financiers pour les personnes en situation de handicap.

Vers une nouvelle phase de transformation bancaire

Le rapport 2025 confirme la capacité du secteur bancaire marocain à conjuguer croissance, rentabilité et solidité financière dans un environnement mondial complexe. Les défis des prochaines années porteront désormais sur l’accompagnement des grandes mutations qui redessinent la finance mondiale.

Entre finance verte, cybersécurité, Open Banking, développement des fintechs, inclusion financière et encadrement des cryptoactifs, le système bancaire marocain entre dans une phase de transformation profonde où l’innovation devra s’articuler avec les impératifs de stabilité et de protection des consommateurs.

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