La volatilité du yen inquiète Washington et menace les marchés mondiaux
Le yen reste au centre des préoccupations de Washington après une intervention monétaire rare menée avec Tokyo fin juillet. Malgré des achats massifs de la devise japonaise, son rebond s’est largement effacé en quelques semaines. Pour le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent, une nouvelle phase de volatilité pourrait provoquer des mouvements forcés sur les marchés et accroître les coûts d’emprunt aux États-Unis.
Le Japon et les États-Unis avaient coordonné fin juillet une opération destinée à soutenir le yen, tombé à ses niveaux les plus faibles en 40 ans. Cette intervention constituait une première entre les deux pays depuis 2011. Elle marquait aussi le retour d’une opération au cours de laquelle le Trésor américain achetait des yens avec le ministère japonais des Finances, une pratique qui n’avait plus été observée depuis 1998.
Le 3 août, la ministre japonaise des Finances Satsuki Katayama a confirmé que Tokyo avait acheté des yens en coordination avec Washington. L’objectif affiché était de répondre à « une volatilité excessive et des mouvements désordonnés », après que le yen eut approché le seuil de 164 yens pour un dollar à la fin juillet.
Selon les données de la Banque du Japon, Tokyo aurait consacré près de 59 milliards de dollars à ces achats dans les jours entourant l’opération. Une photographie Reuters montrant un bloc-notes posé devant Scott Bessent lors d’une réunion du cabinet laisse par ailleurs penser que les États-Unis auraient engagé entre 5 et 10 milliards de dollars.
L’effet initial a été net. Le yen s’est apprécié au-delà de 155 yens pour un dollar après l’annonce de l’intervention. Mais cet avantage n’a pas résisté dans le temps. À la fin août, la monnaie japonaise était revenue autour de 160 yens pour un dollar, ce qui a alimenté les interrogations sur la capacité de l’opération à modifier durablement la trajectoire de la devise.
Bessent redoute un choc régional
Pour Scott Bessent, l’enjeu dépasse la relation entre le dollar et le yen. Lors d’une interview accordée à CNBC le 4 août, le secrétaire américain au Trésor a estimé qu’un yen faible pouvait encourager des dévaluations compétitives dans plusieurs économies asiatiques, avec le souvenir de la crise financière de 1997-1998 en toile de fond.
« Un yen stable est non seulement important pour les États-Unis, mais il l’est aussi pour toute la région », avait-il déclaré. Le 29 août, Bessent a de nouveau alerté sur les conséquences de mouvements désordonnés de la monnaie japonaise. Selon lui, ils pourraient entraîner des « dénouements forcés » de positions de trading, avec le risque de perturber les marchés mondiaux et de faire monter les coûts d’emprunt pour les ménages américains.
Cette position intervient alors que l’administration de Donald Trump cherche également à favoriser un dollar moins fort afin d’améliorer la compétitivité de l’industrie manufacturière américaine. Washington se retrouve ainsi face à une difficulté de taille. Il s’agit de permettre une dépréciation du dollar sans affaiblir la confiance des investisseurs dans les actifs libellés dans la monnaie américaine.
Le carry trade complique la stratégie
L’intervention sur le yen n’a pas nécessairement produit l’effet recherché sur les comportements des investisseurs. CNBC a rapporté qu’au lieu de décourager les positions spéculatives contre la devise japonaise, le renforcement temporaire du yen aurait favorisé le carry trade. Des investisseurs japonais auraient ainsi acheté plus de 5 000 milliards de yens d’actifs étrangers après le rebond de la monnaie.
Le mécanisme complique davantage la tâche de Washington et de Tokyo. Si le yen revient vers ses niveaux précédents, les stratégies financières construites autour des écarts de taux peuvent reprendre de la vigueur. Une variation brutale de la devise pourrait alors provoquer des mouvements rapides sur les positions détenues par les investisseurs.
Le Peterson Institute for International Economics estime de son côté que les États-Unis tentent de concilier deux objectifs difficiles. Washington cherche à contribuer à la stabilité du yen tout en évitant que le Japon ne vende massivement des bons du Trésor américain, ce qui pourrait accroître les coûts d’emprunt des États-Unis.
Le Japon dispose d’environ 1 100 milliards de dollars de réserves étrangères liquides. Mais une réduction supérieure à environ 130 milliards de dollars impliquerait la vente de volumes importants de bons du Trésor américain. Une telle évolution pourrait se heurter à l’opposition de Washington.
À l’approche de l’automne, la question porte donc moins sur la capacité de Tokyo à intervenir ponctuellement que sur sa capacité à maintenir son action dans la durée. Le retour du yen vers 160 pour un dollar après le rebond provoqué par l’intervention souligne les limites d’une opération isolée et maintient le risque de nouvelles tensions sur les marchés mondiaux.
