Une ONG marocaine réclame une enquête sur le drame de Ceuta et Melilla
L’Association marocaine des droits humains (AMDH) a appelé à l’ouverture d’une enquête indépendante après les événements survenus les 30 et 31 juillet à proximité des enclaves occupées de Ceuta et Melilla. L’organisation estime que ces tentatives massives de franchissement de la frontière traduisent une crise sociale et économique profonde plutôt qu’un simple épisode migratoire.
L’AMDH affirme avoir suivi avec « une profonde inquiétude et une grande douleur » les mouvements de milliers de jeunes, de mineurs et de familles qui ont tenté de rejoindre Ceuta et Melilla. L’association évoque également des informations, qui restent à confirmer officiellement, selon lesquelles environ 130 personnes seraient tombées de la clôture frontalière, provoquant plusieurs morts et blessés. Elle dénonce aussi les restrictions de circulation vers le nord du Maroc ainsi que le renforcement du dispositif sécuritaire autour de Melilla.
Selon l’organisation, la fermeture des perspectives pour une partie de la population, en particulier les jeunes, nourrit un sentiment de frustration devenu collectif. Elle considère que le chômage, les inégalités, la corruption et le manque de perspectives d’une vie digne expliquent en grande partie la multiplication des départs.
L’AMDH estime que ces événements ne doivent pas être analysés uniquement sous l’angle de la migration. Elle y voit l’expression d’une crise structurelle alimentée par des décennies de marginalisation sociale et économique dans le nord du pays, rappelant que des épisodes comparables s’étaient déjà produits il y a deux ans.
L’association tient les autorités marocaines pour responsables des conditions ayant conduit à cette situation. Elle affirme que l’État porte une responsabilité politique directe dans cette crise et dénonce des atteintes au droit à la vie, à l’intégrité physique, à la sécurité des personnes ainsi qu’à la liberté de circulation.
L’organisation critique également l’utilisation politique de la question migratoire dans les relations entre le Maroc et les pays européens. Selon elle, la migration est trop souvent traitée comme un instrument diplomatique plutôt que comme une question humanitaire. Elle insiste sur le fait que les personnes vulnérables ne doivent pas servir d’outil dans les négociations géopolitiques au détriment de leurs droits fondamentaux.
Pour l’AMDH, ces vagues migratoires récurrentes soulèvent aussi des interrogations sur le respect par le Maroc de ses engagements constitutionnels et des conventions internationales relatives aux droits humains qu’il a ratifiées.
L’association demande enfin l’ouverture d’une enquête indépendante, l’identification des éventuelles responsabilités, un renforcement de la protection des enfants et des migrants vulnérables, une révision des politiques sociales et économiques, le respect de la liberté de circulation conformément aux normes internationales et une séparation claire entre la gestion des migrations et les négociations politiques. Elle réaffirme également que la question des villes occupées de Ceuta et Melilla doit être dissociée des politiques migratoires.
Parallèlement, les ministres de l’Intérieur de l’Union européenne doivent se réunir en visioconférence d’urgence après que 22 États membres ont réclamé une réponse coordonnée face à la situation à Ceuta, qu’ils qualifient de crise liée à des franchissements massifs et non contrôlés de la frontière.
