Maroc : le retour au GMT relance le débat sur le temps et la politique

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Le Maroc tournera une page symbolique de son histoire récente le 20 septembre prochain. Le gouvernement a confirmé l’abandon définitif du GMT+1 et le retour à l’heure de Greenwich, mettant ainsi fin à près de huit années d’application permanente de l’heure supplémentaire instaurée en 2018.

La décision a été officialisée lors du Conseil de gouvernement à travers l’adoption du décret n° 2.26.530 relatif à l’heure légale du Royaume. Ce texte abroge formellement le décret d’octobre 2018 qui avait instauré le GMT+1 de manière permanente, à l’exception de la période du Ramadan.

Lors d’un point de presse tenu à l’issue du Conseil, le porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, a qualifié cette mesure de décision définitive. Selon lui, le nouvel encadrement juridique garantit l’application irréversible du retour à l’heure de Greenwich à compter du 20 septembre.

Le chef du gouvernement Aziz Akhannouch a également présenté cette annonce comme une réponse aux attentes exprimées depuis plusieurs années par une large partie de la population marocaine. Les autorités affirment avoir pris en considération les nombreuses revendications citoyennes concernant les effets du GMT+1 sur la vie quotidienne.

À partir de 2 heures du matin le dimanche 20 septembre, les horloges seront reculées d’une heure. Le Royaume retrouvera ainsi l’heure légale définie par le dahir de 1967 qui avait longtemps servi de référence au système horaire national.

Une contestation populaire persistante

Depuis son adoption en octobre 2018 sous le gouvernement dirigé par Saadeddine El Othmani, le GMT+1 a suscité une opposition constante dans plusieurs catégories de la société.

De nombreux citoyens ont dénoncé les répercussions du changement horaire sur le rythme biologique, le sommeil, la concentration scolaire et les conditions de déplacement. Les critiques se sont particulièrement intensifiées durant les mois d’hiver, lorsque des milliers d’élèves étaient contraints de se rendre à l’école avant le lever du soleil.

Une pétition largement relayée sur internet avait rassemblé près de 350 000 signatures. Ce chiffre dépassait largement le seuil légal permettant de porter officiellement la question devant les institutions compétentes. Les initiateurs de cette campagne estimaient que le maintien du GMT+1 affectait la santé physique et mentale des citoyens ainsi que leur rendement scolaire et professionnel.

La mobilisation a progressivement gagné en ampleur. Des syndicats, des acteurs économiques et plusieurs organisations professionnelles ont rejoint les critiques. Parmi eux figuraient notamment les représentants du secteur des cafés et restaurants qui considéraient que l’heure supplémentaire influençait les habitudes de consommation et l’activité commerciale.

La question est également entrée dans le cadre des mécanismes de démocratie participative. Des centaines de bénévoles se sont mobilisés à travers les différentes régions du Royaume afin de coordonner les actions de sensibilisation et de collecte de signatures.

Un sujet devenu hautement politique

Au fil des années, le débat sur l’heure légale a dépassé le simple cadre technique pour devenir un véritable sujet politique.

L’annonce du gouvernement intervient dans un contexte particulièrement sensible. Les élections législatives marocaines sont prévues le 23 septembre, soit seulement trois jours après l’entrée en vigueur du retour au GMT.

Cette proximité du calendrier alimente les interrogations sur les motivations réelles de la décision. Plusieurs observateurs estiment que la mesure pourrait également répondre à des considérations électorales.

Au cours des derniers mois, plusieurs formations politiques avaient intégré cette revendication dans leurs programmes. Le Parti libéral marocain s’était engagé à supprimer le GMT+1 dans les cent premiers jours suivant une éventuelle arrivée au pouvoir.

De son côté, le Parti de la justice et du développement, pourtant à l’origine de l’instauration permanente du GMT+1 en 2018, avait officiellement adopté la revendication de son abrogation en 2026. Ses dirigeants avaient multiplié les déclarations promettant un retour rapide à l’heure normale en cas de victoire électorale.

Quelques heures après l’annonce gouvernementale, le parti a d’ailleurs revendiqué une part de responsabilité dans cette évolution, estimant que son action politique avait contribué à accélérer le changement.

Entre satisfaction populaire et calcul électoral

Pour les défenseurs du retour au GMT, cette décision marque l’aboutissement d’une longue mobilisation citoyenne et la reconnaissance de préoccupations largement partagées au sein de la société marocaine.

Pour les critiques, le timing de l’annonce soulève néanmoins des questions. Le gouvernement est accusé par certains opposants d’avoir attendu l’approche des élections pour répondre à une revendication ancienne devenue particulièrement populaire auprès des électeurs.

Cette lecture politique risque d’alimenter les débats jusqu’au scrutin. Le GMT+1 était progressivement devenu un indicateur de positionnement pour de nombreux partis, chacun cherchant à apparaître comme le défenseur des attentes de la population.

Quelles que soient les motivations attribuées à cette décision, le retour à l’heure de Greenwich met fin à l’un des dossiers les plus controversés de la dernière décennie au Maroc. À partir du 20 septembre, le Royaume retrouvera officiellement son heure de référence historique, refermant un chapitre qui aura profondément marqué les habitudes quotidiennes et le débat public national.

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