Divorce au Maroc : 154 377 affaires en 2025, des appels à préparer les futurs époux

Divorce au Maroc : 154 377 affaires enregistrées en 2025, en hausse de 4,38 %, selon le rapport annuel du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire.

Livres de droit marocains empilés avec des textes en arabe

Photo : Abderrahim Oussi / Wikimedia

Les sections de la justice de la famille et les centres juges du Royaume ont enregistré 154 377 affaires de divorce et de divorce judiciaire en 2025, soit une progression de 4,38 % sur un an. Ce chiffre figure dans le rapport annuel du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), récemment publié au Bulletin officiel.

Il représente 6 482 dossiers supplémentaires par rapport à 2024, année qui avait connu un léger recul. Le total était alors passé de 151 168 affaires en 2023 à 147 895, une baisse de 2,17 %.

Le divorce judiciaire en hausse

Le rapport rappelle la distinction établie par le Code de la famille. Le divorce sous contrôle judiciaire, défini à l’article 78, est la dissolution du pacte conjugal exercée par l’époux ou l’épouse selon les conditions propres à chacun, l’autorisation du tribunal étant requise avant son enregistrement. Le divorce judiciaire, lui, est prononcé par jugement à la demande de l’un des conjoints, dans les cas prévus par le texte.

Les affaires de divorce judiciaire ont atteint 112 911 en 2025, contre 107 681 un an plus tôt, soit 5 230 de plus et une hausse de 4,86 %. Celles de divorce sous contrôle judiciaire, qui s’élevaient à 40 212 en 2024, ont augmenté de 1 252 unités.

Consentement mutuel et discorde dominent

Le divorce par consentement mutuel concentre l’essentiel des dossiers de sa catégorie : 40 211 affaires en 2025, soit 96,97 % du total. Le divorce avant consommation du mariage arrive loin derrière, avec 1 173 cas (2,83 %).

Le Conseil y voit une évolution nette de la manière dont les couples mettent fin à leur union. Le consentement mutuel offre une souplesse procédurale, atténue souvent le conflit et limite les répercussions sociales et psychologiques de la séparation, en particulier pour les enfants.

Côté divorce judiciaire, la procédure pour discorde (chiqaq) représente 110 454 affaires en 2025, soit 97,82 % des dossiers. Les autres motifs, comme le préjudice, l’absence, le défaut d’entretien ou le vice rédhibitoire, restent marginaux et ne dépassent pas 2 % ensemble.

Des propositions adressées au gouvernement

Ces chiffres ont suscité des appels au nouveau gouvernement. Muhammad Habib, docteur chercheur en psychologie sociale et en questions familiales, plaide pour dépasser l’approche juridique et judiciaire au profit d’une démarche sociale et psychologique préventive.

« Le divorce n’est pas une simple décision individuelle entre deux époux, mais un phénomène aux multiples dimensions où se mêlent pressions économiques, mutations des valeurs, attentes nouvelles envers la vie conjugale et difficultés à communiquer et à gérer les désaccords », a-t-il déclaré.

Le chercheur propose la création de centres publics d’orientation psychologique, conjugale et de médiation familiale, ainsi que des programmes de préparation au mariage axés sur la communication, la gestion des conflits et la parentalité. Il appelle aussi à renforcer la médiation au sein des sections de la justice de la famille pour que les tentatives de conciliation ne restent pas formelles, et à adopter une politique nationale intégrée de la famille.

Bishr Abdo, présidente de l’Association Tahaddi pour l’égalité et la citoyenneté, estime pour sa part que réduire le nombre de divorces passe d’abord par une protection effective des femmes contre les violences faites aux femmes. Elle réclame un amendement de la loi 103.13 relative à la lutte contre la violence à l’égard des femmes, avec des dispositions plus sévères.

La militante associative appelle également à renforcer le soutien social aux familles pauvres, la pauvreté aggravant selon elle les litiges liés à la pension alimentaire. Dans le futur Code de la famille, elle souhaite que les procédures de divorce soient réduites à deux : la discorde et le consentement mutuel.

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