L’économie créative s’impose comme un levier stratégique pour le Maroc

L’économie créative s’impose comme un levier stratégique pour le Maroc

À l’heure où le Maroc accélère ses préparatifs en vue des grands rendez-vous internationaux de la décennie, notamment la Coupe du monde 2030 organisée avec l’Espagne et le Portugal, un consensus émerge parmi les décideurs, chercheurs et acteurs institutionnels : la culture ne peut plus être considérée comme un secteur périphérique du développement économique national.

Réunis à Rabat dans le cadre des « Creative Morocco Dialogues », organisés par l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) et la Fédération des industries culturelles et créatives (FICC), experts et responsables ont plaidé pour une intégration plus ambitieuse de l’économie créative dans la stratégie de croissance du Royaume.

Longtemps reléguées au second plan derrière l’industrie, l’agriculture ou les nouvelles technologies, les industries culturelles et créatives occupent aujourd’hui une place croissante dans les économies mondiales. Elles englobent des secteurs variés tels que la musique, le cinéma, l’architecture, le design, la mode, l’édition, les jeux vidéo, l’artisanat, les arts du spectacle, les contenus numériques et la valorisation du patrimoine culturel.

Selon l’UNESCO, ces activités génèrent des millions d’emplois à travers le monde tout en favorisant l’innovation, la préservation des identités culturelles et le développement économique durable.

La culture comme moteur économique

Pour les intervenants présents lors de cette rencontre, la créativité doit désormais être perçue comme un véritable moteur économique capable de contribuer directement à la croissance du pays.

Khalid Baddou, directeur des affaires institutionnelles à l’UM6P, a souligné que l’objectif principal de l’événement était d’encourager une réflexion collective sur la place des industries culturelles et créatives dans le développement du Maroc.

Selon lui, ce secteur possède un potentiel important en matière de création de valeur et peut devenir un pilier complémentaire de l’économie nationale. Il estime également que les transformations engagées dans le cadre des préparatifs du Mondial 2030 ne doivent pas se limiter aux infrastructures sportives et touristiques.

La culture, affirme-t-il, constitue un outil essentiel pour mettre en avant l’authenticité du patrimoine marocain, renforcer l’image du pays à l’international et offrir aux visiteurs une expérience ancrée dans l’identité nationale.

Dans cette perspective, il considère que la culture doit être pleinement intégrée à la feuille de route du Maroc à l’horizon 2030. L’UM6P entend accompagner cette dynamique en mettant à la disposition du secteur ses capacités de recherche, son écosystème d’innovation et son expertise académique.

Un soutien international croissant

L’intérêt croissant porté à l’économie créative bénéficie également du soutien d’organisations internationales.

Hélène Guiol, responsable de l’éducation au bureau régional de l’UNESCO pour le Maghreb, a salué la volonté politique affichée par le Maroc en faveur des industries culturelles et créatives.

Selon elle, l’UNESCO considère cette orientation comme une opportunité stratégique et se dit prête à accompagner le Royaume dans le développement des programmes de formation, de l’éducation culturelle et de la préservation du patrimoine.

L’organisation a déjà produit plusieurs études sur le sujet et souhaite contribuer à renforcer les capacités nationales dans ce domaine.

Un secteur qui pèse déjà dans l’économie marocaine

Au-delà des ambitions affichées, les données présentées lors de la rencontre montrent que l’économie créative représente déjà une réalité économique tangible.

Ghita Hannane, représentante de la Société financière internationale (IFC) au Maroc, a dévoilé les résultats d’une étude réalisée en partenariat avec plusieurs institutions marocaines.

Les chiffres révèlent que les industries culturelles et créatives génèrent actuellement 2,4 % du produit intérieur brut marocain et assurent près de 100 000 emplois à travers le pays.

Pour Ghita Hannane, ces résultats démontrent le poids économique réel du secteur et confirment sa contribution significative à l’activité nationale. Elle estime que cette reconnaissance constitue une étape importante pour encourager de futures réformes capables de stimuler davantage la croissance du secteur.

Un potentiel pour l’emploi et les territoires

Les participants ont également insisté sur le rôle que peut jouer l’économie créative dans la résolution de plusieurs défis structurels, notamment l’emploi des jeunes et le développement territorial.

Neila Tazi, présidente d’honneur de la Fédération des industries culturelles et créatives, considère ce secteur comme l’une des opportunités les plus prometteuses pour l’avenir du Maroc.

Selon elle, les industries créatives peuvent contribuer simultanément à la création d’emplois, au développement touristique et à la dynamisation des territoires. Leur impact pourrait être particulièrement important dans les villes de taille moyenne ou les régions disposant d’un fort potentiel culturel et artisanal.

Elle estime que les activités culturelles peuvent valoriser les savoir-faire locaux, attirer de nouveaux visiteurs et soutenir l’émergence de talents régionaux.

Neila Tazi observe également une évolution significative dans la perception du rôle de la culture au sein des politiques publiques. Alors qu’elle était autrefois considérée comme un sujet secondaire, elle est désormais de plus en plus perçue comme un élément central des solutions économiques et sociales à construire aux niveaux national, régional et local.

Pour elle, la richesse culturelle du Maroc constitue à la fois un héritage à préserver et un actif économique stratégique.

Elle rappelle que le Royaume se distingue par la diversité de ses identités culturelles et par son ouverture, des atouts qui renforcent son attractivité et son rayonnement international.

Un partenariat structurant pour l’avenir

L’un des moments marquants de l’événement a été la signature d’un accord de partenariat entre l’UM6P et la FICC.

Cette initiative marque la première collaboration structurée entre les deux institutions et ouvre la voie à une coopération de long terme destinée à renforcer l’écosystème des industries culturelles et créatives au Maroc.

L’objectif est de dépasser le cadre des événements ponctuels pour mettre en place un dispositif stratégique reliant la recherche universitaire aux besoins concrets du secteur.

Dans ce cadre, l’UM6P apportera son expertise dans les domaines de la recherche, de l’innovation, de la technologie et de l’entrepreneuriat. De son côté, la FICC mobilisera les différents acteurs des industries créatives marocaines afin de favoriser les synergies et les projets communs.

Les responsables des deux institutions considèrent cet accord comme une base pour le lancement de futurs programmes spécialisés, l’encouragement de la coopération entre les parties prenantes et la structuration durable du secteur.

Vers un nouveau modèle de croissance

Les débats organisés à Rabat traduisent une évolution profonde de la vision du développement économique au Maroc. Alors que le pays prépare de grands événements internationaux et cherche de nouveaux relais de croissance durable, les industries culturelles et créatives apparaissent de plus en plus comme un secteur capable de conjuguer performance économique, création d’emplois, attractivité touristique et valorisation de l’identité nationale.

La mobilisation conjointe des institutions publiques, des organisations internationales, du monde universitaire et des acteurs culturels témoigne d’une volonté croissante de faire de l’économie créative un pilier à part entière du Maroc de demain.

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