Le Maroc mobilise 580 millions d’euros pour transformer ses forêts d’ici 2030
Le Maroc franchit une nouvelle étape dans sa stratégie environnementale avec la mobilisation de plus de 580 millions d’euros destinés à soutenir la transformation et la préservation de son patrimoine forestier. Annoncée lors d’une réunion de haut niveau organisée à Rabat par l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), cette enveloppe financière réunit les contributions d’une douzaine de partenaires internationaux engagés dans la mise en œuvre de la stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 ».
Selon les données présentées par l’ANEF, près de 175 millions d’euros, soit environ 40 % des financements mobilisés, ont déjà été décaissés. Cette dynamique confirme l’intérêt croissant des institutions internationales pour les projets marocains liés à la lutte contre le changement climatique, à la préservation de la biodiversité et à la gestion durable des ressources naturelles.
Une stratégie nationale à l’échelle de neuf millions d’hectares
Lancée en février 2020 sous l’impulsion du roi Mohammed VI, la stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 » constitue l’un des plus vastes programmes environnementaux du Royaume. Elle couvre près de neuf millions d’hectares, dont 5,8 millions d’hectares de forêts naturelles, et s’articule autour de 17 programmes complémentaires.
Cette feuille de route répond à une situation préoccupante observée avant son lancement. Chaque année, le pays perdait environ 17 000 hectares de couverture forestière sous l’effet combiné de la dégradation des écosystèmes, de l’exploitation excessive du bois de chauffage, du surpâturage et des conséquences du changement climatique.
Face à ces pressions croissantes, les autorités ont choisi une approche intégrée visant à restaurer les écosystèmes, protéger la biodiversité, préserver les bassins versants et renforcer les opportunités économiques offertes aux populations rurales.
Des partenaires internationaux fortement mobilisés
La rencontre de Rabat a réuni plusieurs acteurs majeurs du financement du développement et de la coopération internationale. Parmi eux figuraient des représentants de l’Agence française de développement, de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, de la Banque africaine de développement ainsi que de la Banque européenne d’investissement.
Ces institutions soutiennent des projets destinés à renforcer la résilience des espaces forestiers marocains face aux épisodes de sécheresse, à la raréfaction des ressources en eau et aux phénomènes climatiques extrêmes qui se multiplient dans la région méditerranéenne.
Le représentant de la FAO au Maroc a salué un modèle considéré comme innovant, soulignant la capacité du Royaume à intégrer la conservation de la biodiversité, la protection des forêts et la lutte contre la dégradation des terres dans une stratégie globale de développement durable.
Des avancées notables dans la gouvernance territoriale
L’un des axes majeurs de la stratégie repose sur une gouvernance participative impliquant les collectivités locales et les populations concernées.
Aujourd’hui, 147 communes, représentant 74 % des objectifs fixés, sont intégrées dans les mécanismes de coordination territoriale mis en place par l’ANEF. Le programme « Ghabati Hayati » a également permis le recrutement et la formation de dizaines d’agents spécialisés dans le développement local et les partenariats territoriaux.
Parallèlement, 73 structures de développement forestier ont été créées et 54 plans concertés d’aménagement ont été élaborés. Plus des trois quarts des projets validés avec les communautés locales ont déjà été concrétisés.
Cette approche vise à faire des habitants des zones forestières des acteurs centraux de la préservation des ressources naturelles plutôt que de simples bénéficiaires des programmes publics.
Des compensations financières pour encourager la protection des forêts
Le système d’incitations financières mis en place par l’ANEF s’impose progressivement comme un levier stratégique.
En 2025, 530 périmètres ont bénéficié de compensations pour la mise en défens de terrains forestiers couvrant près de 80 000 hectares. Ces opérations ont mobilisé environ 45 millions de dirhams.
Les ressources allouées ont permis de financer des équipements agricoles, l’achat d’aliments pour le bétail, l’aménagement de routes rurales, le forage de puits, le transport scolaire ainsi que l’installation de panneaux solaires.
Dans le cadre du programme « Ghabati Hayati », plus de 237 000 hectares ont déjà bénéficié de mesures compensatoires, soit près de 65 % de l’objectif fixé. Les autorités prévoient d’achever les paiements restants avant la fin de l’année 2026.
Le développement des coopératives forestières prend de l’ampleur
La stratégie nationale favorise également l’émergence d’une économie forestière plus structurée.
Le Maroc compte désormais 310 coopératives forestières actives liées à l’ANEF par 273 contrats de partenariat. Ces structures regroupent près de 19 400 membres et génèrent environ 15 millions de dirhams de revenus annuels.
Le secteur du romarin illustre particulièrement cette dynamique puisque plus de 80 % des zones de production sont désormais couvertes par des contrats de gestion. Les coopératives interviennent également dans les plantes aromatiques et médicinales, la production de plants forestiers, l’exploitation du bois et certaines activités aquacoles.
Cette évolution contribue à créer des sources de revenus durables dans des régions souvent confrontées à des défis économiques importants.
La reforestation accélérée grâce aux nouvelles technologies
La restauration des paysages forestiers demeure l’un des piliers de la stratégie nationale.
L’ANEF poursuit un programme visant à restaurer 600 000 hectares d’ici 2030. Les zones montagneuses et les espèces locales mieux adaptées au stress climatique figurent parmi les priorités retenues.
Pour atteindre cet objectif ambitieux, l’agence s’appuie sur des techniques modernes de préparation mécanisée des sols, des systèmes innovants de plantation Waterboxx et des dispositifs de suivi utilisant les drones.
Cette modernisation des méthodes de reboisement permet d’améliorer les taux de survie des plantations tout en optimisant les ressources mobilisées.
L’écotourisme comme moteur de valorisation durable
La valorisation économique des espaces naturels constitue un autre volet important de la stratégie.
Le Maroc entend renforcer l’attractivité de ses dix parcs nationaux, notamment ceux d’Ifrane, du Toubkal, de Souss Massa et d’Al Hoceïma. L’objectif consiste à développer un écotourisme capable de générer des revenus locaux tout en encourageant la protection des écosystèmes.
Cette orientation s’inscrit dans une tendance mondiale où les destinations naturelles deviennent des pôles majeurs d’attractivité touristique, particulièrement auprès des voyageurs sensibles aux enjeux environnementaux.
Une surveillance renforcée contre les infractions forestières
Pour protéger les acquis obtenus sur le terrain, l’ANEF modernise également ses capacités de contrôle.
La police forestière bénéficie désormais de drones, de caméras individuelles et d’outils d’analyse de données destinés à lutter contre l’exploitation illégale du bois, le trafic forestier et le braconnage.
La digitalisation progressive des opérations permet également un meilleur suivi des ressources naturelles et une gestion plus efficace des interventions sur le terrain.
Perspectives et engagements internationaux
Au-delà des résultats déjà enregistrés, l’ANEF prévoit d’élargir son réseau de coopération internationale. L’agence souhaite développer davantage les partenariats Sud-Sud et les mécanismes de coopération triangulaire afin de diversifier les sources d’expertise et de financement.
Cette stratégie s’inscrit directement dans les engagements internationaux du Maroc en matière de climat, de biodiversité et de lutte contre la désertification. Dans un contexte marqué par l’intensification des défis environnementaux, le programme forestier marocain apparaît comme l’un des chantiers structurants les plus ambitieux du continent africain, associant protection des ressources naturelles, développement territorial et innovation technologique.




