La stratégie d’État connecteur du Maroc soutient la croissance économique

croissance économique du Maroc

L’étude sur la croissance économique du Maroc estime que les performances enregistrées depuis 2022 reposent sur une combinaison d’investissements publics massifs et sur le positionnement du pays comme plateforme reliant l’Europe, l’Afrique et la Chine. Les chercheurs s’interrogent toutefois sur la capacité de ce modèle à produire une croissance durable sans réformes structurelles profondes.

Publiée par Le Grand Continent, l’analyse souligne que la croissance du PIB non agricole a atteint en moyenne 4,4 % depuis 2022 et 4,8 % à partir de 2024. Ce rythme dépasse celui observé avant la pandémie et se rapproche des niveaux enregistrés durant la période de forte expansion économique entre 2000 et 2008.

Entre 2022 et 2025, le PIB par habitant a progressé de 2,7 % par an. Cette évolution a permis au Maroc de dépasser plusieurs économies à revenu intermédiaire comparables. Les auteurs replacent cette performance dans un contexte mondial marqué par un ralentissement du rattrapage économique entre pays émergents et économies développées.

L’investissement public constitue le principal moteur de cette dynamique. La formation brute de capital fixe a représenté environ la moitié de la croissance annuelle entre 2022 et 2026. Le taux d’investissement devrait atteindre près de 30 % du PIB sur la période 2025-2026.

Les établissements et entreprises publics ont renforcé leur rôle dans cet effort. Des acteurs comme Royal Air Maroc, l’ONCF et ADM absorbent une part croissante des dépenses d’investissement. Au sens large, l’investissement public devrait se stabiliser autour de 19 % du PIB.

La consommation des ménages a également soutenu l’activité après le choc inflationniste de 2021-2022. Avec le recul progressif des pressions sur les prix à partir de 2023, la demande intérieure a retrouvé de la vigueur.

L’étude met cependant en évidence plusieurs fragilités. Les exportations nettes ont pesé sur la croissance malgré les bonnes performances de plusieurs secteurs exportateurs. Le déficit du compte courant a atteint environ 3,5 % du PIB en 2024 sous l’effet des importations liées aux grands projets d’investissement.

Les chercheurs estiment que cette situation soulève des interrogations sur l’efficacité économique des dépenses publiques. Le multiplicateur budgétaire à court terme est évalué à 0,3 pour l’ensemble des dépenses publiques et à 0,7 pour les investissements publics.

Le repositionnement des chaînes d’approvisionnement mondiales a néanmoins favorisé le Maroc. Les flux nets d’investissements directs étrangers sont passés de 0,7 % du PIB en 2023 à 1,8 % en 2025. Les capitaux chinois jouent un rôle majeur dans cette évolution.

Parmi les projets les plus importants figurent l’usine de batteries Gotion à Kénitra et le complexe de matériaux pour batteries de CNGR Advanced Material à Jorf Lasfar. Les investissements chinois concernent également la mobilité électrique, les composants électriques et l’hydrogène vert.

La structure des investissements étrangers a évolué en faveur de l’industrie manufacturière. Ce secteur représentait près de 45 % des flux nets en 2024 contre un peu plus de 21 % en 2020. Les industries automobile et électrique affichent une progression particulièrement marquée.

Les transferts des Marocains résidant à l’étranger continuent aussi de soutenir l’économie. La majorité de ces fonds est orientée vers la consommation, tandis qu’une faible part finance des investissements, principalement immobiliers.

Le tourisme confirme son importance croissante. Le Maroc a accueilli près de 20 millions de visiteurs en 2025. La contribution du secteur au PIB est passée à 7,3 % en 2024 contre 6,8 % avant la pandémie. L’emploi touristique affiche également une croissance soutenue.

Les services liés aux technologies de l’information et de la communication se distinguent également. Les activités de programmation et de conseil informatique contribuent davantage à la valeur ajoutée des exportations que la moyenne observée dans les pays de l’OCDE.

L’étude identifie toutefois trois contraintes majeures. La première concerne l’augmentation de l’endettement qui limite la capacité de l’État à maintenir durablement le niveau actuel d’investissement. La deuxième porte sur la baisse de l’efficacité du capital investi. La troisième réside dans la faiblesse persistante du secteur privé national confronté à des difficultés d’accès au financement, à la concurrence informelle et à certaines distorsions fiscales.

Les auteurs constatent également un effet d’éviction du financement public sur le crédit privé. Les banques orientent davantage leurs ressources vers la dette publique, réduisant ainsi les financements disponibles pour les entreprises privées.

La productivité globale des facteurs demeure un autre point faible. Entre 2001 et 2023, sa contribution moyenne à la croissance est restée négative, contrairement à la tendance observée dans de nombreuses économies émergentes.

L’analyse souligne aussi que la transformation structurelle de l’économie reste inachevée. Une part importante de la main-d’œuvre quittant l’agriculture s’est dirigée vers des services à faible productivité plutôt que vers l’industrie. Le secteur agricole lui-même continue de souffrir des sécheresses répétées et de la pression sur les ressources en eau.

Les tensions au Moyen-Orient ajoutent enfin un risque supplémentaire. La hausse des prix de l’énergie a accru les contraintes budgétaires en 2026 et contribué à maintenir les coûts de financement à des niveaux élevés.

Les chercheurs comparent le Maroc à des économies comme le Mexique, la Pologne et le Vietnam, qui ont également tiré parti de leur position stratégique dans un contexte de fragmentation économique mondiale. Ils estiment toutefois que les avantages liés à la connectivité internationale ne suffiront pas sans progrès dans l’éducation, l’innovation, le marché du travail et le développement du secteur privé.

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