Casablanca en mutation au cœur de l’exposition Under Destruction
À Marrakech, le Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden ouvre un nouveau chapitre de réflexion sur les transformations urbaines avec l’exposition Under Destruction de l’artiste franco-marocain Ismail Alaoui Fdili. Présentée dans l’Artist Room du musée du 2 mai au 2 août 2026, cette proposition s’inscrit dans la dynamique du Mai de la Photo, événement désormais structurant dans le paysage culturel marocain.
Au centre de ce travail, une interrogation directe. Que reste-t-il d’une ville lorsque ses murs disparaissent. À travers une approche documentaire, l’artiste capte les mutations de Casablanca, en particulier autour de l’ancienne médina. Ces quartiers, marqués par une architecture du début du XXe siècle, vivent aujourd’hui une phase de démolition rapide. Les immeubles Art déco cèdent la place à des constructions standardisées. Ce phénomène, observable dans plusieurs métropoles, prend ici une dimension intime.

L’exposition ne se limite pas à une observation distante. Elle plonge dans le quotidien des habitants et des travailleurs. Les images montrent des gestes précis. Démolir, trier, récupérer. Chaque action devient une trace. Chaque fragment de béton porte une mémoire. Les ouvriers, souvent issus de ces mêmes quartiers, participent à la disparition d’un environnement qu’ils ont habité. Cette tension traverse l’ensemble du projet.
Le choix des supports renforce cette intention. Les photographies sont imprimées sur des plaques de béton et de ciment. Certaines œuvres prennent la forme de fresques monumentales. D’autres se fragmentent en reliefs. Ce traitement matériel ancre l’image dans une réalité tangible. Il ne s’agit plus seulement de regarder. Il s’agit de ressentir le poids du temps et de la transformation.
Une série de tabourets en béton complète l’installation. Inspirés de scènes réelles, ces objets évoquent les moments d’attente. Des femmes et des enfants observent la disparition progressive de leurs maisons. Ce dispositif introduit une dimension sociale forte. Il met en lumière une expérience collective, faite d’incertitude et d’adaptation.
Le projet s’inscrit dans une démarche collaborative. La fabrication des œuvres a lieu au cœur même de la médina, avec des artisans locaux. Certains ont vécu dans les immeubles aujourd’hui détruits. Cette implication directe crée un lien entre création artistique et mémoire vécue. Elle valorise aussi des savoir-faire menacés par les mutations urbaines.
Un film documentaire accompagne l’exposition. Tourné en noir et blanc, il adopte un rythme lent. Les images suivent la vie quotidienne d’un immeuble avant sa démolition. Puis viennent les étapes de destruction. Une voix off, celle d’un habitant, guide le récit. Ce choix renforce l’ancrage dans une mémoire individuelle et collective. Le spectateur devient témoin d’un basculement.
Le travail d’Ismail Alaoui Fdili s’inscrit dans une tendance plus large. À l’échelle internationale, de nombreux artistes interrogent les effets de l’urbanisation accélérée. Des villes comme Sihanoukville ou Romainville, également explorées dans ce projet, illustrent cette dynamique globale. La question dépasse le cadre local. Elle touche aux modèles de développement et à leurs conséquences humaines.
Au Maroc, cette problématique prend une résonance particulière. Casablanca incarne un laboratoire urbain en constante évolution. Entre modernisation et préservation, les choix sont souvent complexes. L’exposition met en lumière ces tensions sans imposer de réponse. Elle invite à observer, à questionner, à comprendre.
Le MACAAL confirme, avec cette programmation, son rôle de plateforme critique. Le musée ne se contente pas de présenter des œuvres. Il ouvre un espace de dialogue. Il connecte des pratiques artistiques à des enjeux contemporains. Cette orientation répond à une attente croissante du public, en quête de sens et de réflexion.
Le Mai de la Photo, qui accueille cette exposition, renforce cette dynamique. L’événement fédère plusieurs institutions culturelles à Marrakech. Il crée un parcours riche, où la photographie devient un outil d’exploration du réel. L’édition 2026, centrée sur la notion de mémoire, trouve dans Under Destruction une expression particulièrement forte.
En filigrane, une idée persiste. Le présent bascule sans cesse vers le passé. Les images captées aujourd’hui deviendront les archives de demain. En fixant ces instants de transition, l’artiste construit un témoignage. Il donne une forme à ce qui disparaît.
Derniers regards sur une ville en devenir
L’exposition ne cherche pas à figer Casablanca dans une nostalgie. Elle propose une lecture lucide. Les transformations urbaines sont inévitables. Mais elles posent une question essentielle. Comment préserver une mémoire collective dans un contexte de changement rapide. À travers ses images et ses installations, Ismail Alaoui Fdili offre une réponse ouverte. Il invite chacun à regarder autrement les paysages en mutation.




