Amhmad Eltiyousi revient sur « Samra », la chanson qui a éclipsé 130 titres

Le chanteur marocain Amhmad Eltiyousi revient sur « Samra », son parcours à Paris, la Sorbonne et le deuil de son père dans un entretien.

Musicien portant des lunettes jouant du oud en gros plan

Photo : Réseau Aga Khan pour le développement

Installé de longue date à Paris, le chanteur marocain Amhmad Eltiyousi est revenu sur son parcours artistique et sur le succès de « Samra », le titre qui l’a fait connaître au Maroc et au-delà, dans un entretien accordé à Al Akhbar.

L’artiste regrette que le public le réduise à cette seule chanson. « Malheureusement, le public me connaît par la chanson « Samra », alors que j’ai plus de 130 chansons », a-t-il déclaré, rappelant que plusieurs titres l’avaient précédée dans son parcours en exil.

Une chanson d’abord baptisée « La Blonda »

Parmi ces titres antérieurs, il cite « Ya Rassoul Allah », des invocations soufies écrites par le regretté Mohamed Bouzubaa, ainsi que « Fouzia » ou « Wlidat el Houma ». Sa passion pour l’art remonte, selon lui, à son enfance et aux séances de transe soufie au mausolée de Moulay Bouazza.

Le texte initial de « Samra » ne comportait pas ce mot, mais « La Blonda ». Sur le conseil des membres de son groupe, il l’a remplacé, ce terme revenant souvent dans les morceaux de raï qui dominaient la scène maghrébine à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Le succès est venu, selon lui, après l’abandon du reggae, du jazz, de la pop et d’autres styles occidentaux. Son épouse l’accompagnait au piano, mais sa mère, aujourd’hui disparue, avait opposé son « veto » au projet.

Paris, l’exil et la Sorbonne

Amhmad Eltiyousi écrit lui-même la plupart de ses textes, inspirés du quotidien parisien, en particulier du Quartier latin. Ils évoquent l’oppression vécue par l’émigré, le racisme, la souffrance et la nostalgie du pays, surtout chez les deux premières générations d’émigrés. Les paroles lui viennent parfois dans le métro, le regard tourné vers la fenêtre.

Il se produisait en soirée au Centre Pompidou avec de jeunes Marocains rencontrés dans la capitale française. Sa formation mêlait des musiciens marocains, français, indiens, brésiliens, polonais, américains et africains, dont certains se sont convertis à l’islam. Il attribue aussi à ses études de sociologie des idées qui l’ont aidé à mener de front son chemin artistique et social.

Côté médias, il se souvient d’un passage sur un plateau de télévision française à ses débuts, à l’issue duquel l’équipe lui avait prédit que tout le Maroc le connaîtrait le lendemain. C’est au Maroc qu’il a ensuite été mis en lumière pour la première fois, reçu par Atiq Ben Chiker lors du festival d’été d’Asilah.

À son arrivée à la Sorbonne, il a également tenté sa chance au football. Grâce à son frère aîné, employé dans le secteur ferroviaire, il a réussi un essai et rejoint, en amateur, une équipe relevant du secteur postal, ce qui lui assurait un revenu d’appoint d’étudiant.

Une pause après la mort de son père

Le chanteur confirme avoir cessé de chanter en signe de deuil après le décès de son père, qu’il décrit comme un choc. À son retour, il a écrit en sa mémoire « El Misbah Ettafi », une chanson mêlant élégie et soufisme.

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