À l’ONU, le Maroc défend une souveraineté numérique fondée sur l’intelligence artificielle
New York accueille cette année l’UN Open Source Week 2026 dans un contexte où les enjeux liés à l’intelligence artificielle, à la gouvernance des données et à la souveraineté numérique occupent une place centrale dans les stratégies de développement des États. À cette occasion, le Maroc a mis en avant sa vision et ses ambitions à travers la participation active de Mme Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée auprès du Chef du gouvernement chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration.
Durant plusieurs rencontres de haut niveau organisées au siège des Nations Unies, la responsable gouvernementale a présenté les orientations du Royaume en matière de transformation numérique et d’intelligence artificielle. Une démarche qui confirme la volonté du Maroc de renforcer son positionnement comme acteur influent de la gouvernance numérique en Afrique et dans le monde arabe.
Une souveraineté numérique au cœur de la stratégie marocaine
Lors de la séance inaugurale consacrée au rôle de l’open source dans le renforcement de la souveraineté numérique et de la résilience des infrastructures technologiques, Mme Amal El Fallah Seghrouchni a souligné que les technologies numériques sont devenues un élément déterminant de la souveraineté des nations.
Selon elle, l’enjeu ne réside plus uniquement dans l’accès aux innovations mondiales. Il concerne désormais la capacité des pays à comprendre les technologies, à les maîtriser et à les orienter vers leurs propres priorités économiques, sociales et stratégiques.
Cette vision s’inscrit dans les orientations stratégiques de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui place l’intelligence artificielle, les technologies émergentes et la transformation numérique parmi les leviers majeurs du développement du Royaume.

La « troisième voie numérique » marocaine
Au cœur de l’intervention de la ministre figure le concept de « troisième voie numérique ». Cette approche vise à concilier ouverture aux innovations internationales et maîtrise nationale des choix technologiques.
Le modèle marocain repose sur l’adoption des standards mondiaux, la création de partenariats stratégiques et l’accès aux meilleures solutions technologiques disponibles. En parallèle, il veille à préserver les intérêts nationaux, le cadre juridique du Royaume, les spécificités linguistiques et culturelles ainsi que les besoins des citoyens.
Dans cette perspective, les technologies open source occupent une place centrale. Elles permettent une meilleure transparence, favorisent l’interopérabilité des systèmes et offrent davantage de contrôle sur les outils numériques utilisés par les administrations et les institutions publiques.
Maroc Digital 2030 et l’ambition d’une IA nationale
La participation marocaine a également permis de mettre en lumière les grands chantiers engagés dans le cadre de la stratégie Maroc Digital 2030 et de la feuille de route AI Made in Morocco.
Parmi les projets structurants présentés figurent le développement de modèles d’intelligence artificielle en arabe, en darija et en amazighe. L’objectif est de renforcer la présence des langues nationales dans l’écosystème mondial de l’IA et de développer des solutions adaptées aux réalités locales.
La ministre a également évoqué le déploiement du réseau national des Instituts JAZARI dans les douze régions du Royaume, la mise en place d’un laboratoire conjoint avec Mistral AI ainsi que les investissements réalisés dans les centres de données, le cloud souverain et les capacités de calcul haute performance.
Le Maroc affiche par ailleurs une ambition forte en matière de formation. Le Royaume prévoit de former 100 000 talents numériques par an à l’horizon 2030 afin d’accompagner la croissance de son économie numérique et de répondre aux besoins croissants du secteur technologique.
Une administration publique en pleine transformation
Les progrès enregistrés dans la modernisation des services publics ont également été mis en avant.
La plateforme nationale d’interopérabilité a déjà traité plus de 52 millions de transactions entre administrations. De son côté, le portail Idarati référence plus de 2 450 procédures administratives relevant de plus de 130 administrations publiques.
Ces réalisations illustrent la volonté des autorités marocaines d’accélérer la digitalisation des services publics tout en améliorant l’efficacité administrative et l’expérience des citoyens.
L’open source comme levier de développement durable
En marge du programme officiel de l’UN Open Source Week, le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration a organisé avec le Programme des Nations Unies pour le développement une table ronde stratégique consacrée aux modèles d’intelligence artificielle open source.
Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre du Digital for Sustainable Development Hub, plateforme régionale pilotée conjointement par le Maroc et le PNUD.
La ministre a défendu l’idée selon laquelle l’intelligence artificielle open source représente un outil stratégique permettant aux États, aux universités, aux startups et aux administrations de développer des solutions adaptées à leurs langues, à leurs cadres réglementaires et à leurs priorités nationales.
Elle a toutefois rappelé que cette ambition nécessite des investissements continus dans les infrastructures, les données de qualité, les compétences humaines, la recherche scientifique et la gouvernance responsable.
Le D4SD Hub au service de la coopération régionale
Le lendemain, Mme Amal El Fallah Seghrouchni a présidé la réunion inaugurale du Conseil consultatif du Digital for Sustainable Development Hub.
Cette instance réunit des représentants gouvernementaux, des organisations internationales, des universités, des centres de recherche, des institutions de développement et des acteurs du secteur privé.
Le Hub a pour vocation de favoriser la coopération régionale, le partage des connaissances, l’innovation et le développement des compétences numériques afin d’accélérer une transformation numérique durable et inclusive dans les pays africains et arabes.
La ministre a insisté sur le fait que l’avenir de l’intelligence artificielle dépendra de la capacité des États à produire leurs propres connaissances, à développer leurs propres modèles et à financer durablement la recherche et l’innovation.
Transformer les engagements mondiaux en actions concrètes
Lors de la session de haut niveau consacrée à la mise en œuvre du Global Digital Compact, la responsable marocaine a détaillé les deux piliers de la stratégie Maroc Digital 2030.
Le premier concerne la digitalisation des services publics. Le second vise le développement de l’économie numérique nationale.
Elle a souligné que la transformation numérique ne peut se limiter à la dématérialisation des procédures administratives. Elle doit permettre de repenser les services publics afin de les rendre plus accessibles, plus rapides et davantage centrés sur les attentes des citoyens.
L’identité numérique, l’interopérabilité des systèmes, le cloud souverain, les centres de données et l’intégration des principes de Privacy by Design et de Security by Design figurent parmi les éléments clés de cette transformation.
Le financement des infrastructures numériques au centre des débats
La ministre a également participé à une table ronde consacrée au financement des infrastructures publiques numériques.
Elle a rappelé que ces infrastructures sont désormais aussi stratégiques que les routes, les barrages ou les réseaux électriques. Leur développement nécessite des mécanismes de financement durables et adaptés aux enjeux de long terme.
Le Maroc a présenté son modèle fondé sur une combinaison de financements publics, de fonds souverains, de partenariats avec le secteur privé et de soutiens provenant d’institutions financières internationales.
La responsable gouvernementale a notamment cité l’appui de la Banque mondiale à travers le Morocco Digital Transformation Program.
Elle a également plaidé pour l’intégration systématique des investissements liés à la protection des données personnelles, à la cybersécurité, à la gouvernance et à l’inclusion numérique dès la conception des projets.
Le Maroc affirme ses ambitions numériques sur la scène internationale
À travers sa participation à l’UN Open Source Week 2026, le Maroc a réaffirmé sa volonté de jouer un rôle actif dans la définition des futurs équilibres numériques mondiaux.
Le Royaume défend une approche fondée sur la coopération internationale, l’innovation ouverte, la recherche scientifique et le développement des compétences. Une stratégie qui vise à permettre aux pays africains et arabes de devenir non seulement des utilisateurs de technologies numériques, mais également des producteurs de connaissances, de solutions et d’innovations capables de répondre à leurs propres défis de développement.




