Mondial 2030 au Maroc, le rapport BTI questionne les priorités d’investissement
Le Maroc accélère sa modernisation à l’approche de la Coupe du monde 2030, mais cette dynamique soulève une question sur la répartition des ressources publiques. Dans son BTI 2026 Morocco Country Report, la Bertelsmann Stiftung reconnaît les progrès réalisés dans les infrastructures, les énergies renouvelables et le tourisme, tout en pointant les fragilités persistantes dans la santé, l’éducation, l’emploi et le pouvoir d’achat.
Le rapport allemand considère que les grands projets engagés par le Royaume contribuent à renforcer son attractivité et son rayonnement international. Il relève notamment les avancées enregistrées dans la diversification de l’économie et le développement des infrastructures. Ces évolutions restent toutefois confrontées à un chômage élevé, à des inégalités sociales et à une pression persistante sur les revenus des ménages.
La Bertelsmann Stiftung concentre une partie de son analyse sur les choix opérés en matière d’investissement public. Elle estime que certains projets d’envergure, notamment les infrastructures ferroviaires à grande vitesse, mobilisent des ressources importantes alors que la santé et l’éducation continuent de faire face à des besoins structurels.
Le rapport ne remet pas en cause le principe de ces investissements. Il interroge plutôt leur capacité à produire des bénéfices suffisamment larges pour répondre aux besoins sociaux. Cette question prend une importance particulière alors que le Maroc poursuit plusieurs chantiers destinés à préparer l’accueil de la Coupe du monde 2030 aux côtés de l’Espagne et du Portugal.
Le Mondial 2030 comme accélérateur économique
Pour le BTI 2026, l’organisation du Mondial peut contribuer à accélérer la modernisation des infrastructures, attirer de nouveaux investissements et renforcer la position du Maroc sur la scène internationale. Le football constitue ainsi un levier de visibilité et d’attractivité dans la stratégie de développement du Royaume.
Mais cette stratégie implique aussi des arbitrages. La construction ou la rénovation d’équipements sportifs, le développement des réseaux de transport et l’aménagement des villes hôtes nécessitent des moyens considérables. La Bertelsmann Stiftung estime que ces dépenses doivent être examinées au regard des besoins qui restent à financer dans les secteurs sociaux.
Cette interrogation intervient alors que le Maroc prépare également la Coupe d’Afrique des nations 2025 et poursuit ses projets liés à l’échéance mondiale de 2030. Le BTI considère ces événements comme des instruments de renforcement de l’image internationale du pays, tout en soulignant le risque de voir les objectifs de rayonnement prendre le pas sur certaines priorités économiques et sociales.
La santé au centre des arbitrages
Le secteur de la santé apparaît comme l’un des principaux points de tension identifiés par le rapport. Le Maroc mène depuis plusieurs années une réforme visant à élargir la couverture médicale, restructurer l’organisation territoriale du système sanitaire et moderniser les établissements de santé.
Cette transformation nécessite des investissements dans les infrastructures, les équipements et les ressources humaines. Le BTI 2026 estime toutefois que le système public de santé reste sous-financé et confronté à des difficultés d’accès, particulièrement dans certaines zones rurales. Le rapport cite notamment un recul des dépenses de santé de 2,3 % du PIB en 2011 à 2,2 % en 2021.
La réforme sanitaire se retrouve donc au cœur d’un débat plus large sur les priorités budgétaires. Pour la Bertelsmann Stiftung, la modernisation des infrastructures nationales ne peut produire des résultats durables que si elle s’accompagne d’une amélioration des services publics et d’une réduction des disparités territoriales.
L’éducation et l’emploi restent des défis
Le même constat apparaît dans l’éducation. Le rapport relève des écarts persistants dans la qualité et l’accès aux services éducatifs, ainsi qu’un décalage entre les compétences acquises et les besoins du marché du travail. Cette situation contribue à maintenir un niveau élevé de chômage chez les jeunes.
Le BTI 2026 indique que 36,1 % des jeunes étaient au chômage en 2024, contre 19,4 % des diplômés, selon les données du Haut-Commissariat au plan citées dans le rapport. La Bertelsmann Stiftung considère que la création d’emplois, le soutien aux petites et moyennes entreprises et l’adaptation de la formation aux besoins économiques constituent des priorités pour favoriser une croissance plus inclusive.
L’enjeu dépasse donc la seule question des infrastructures. Il concerne la capacité du modèle de développement à transformer les investissements en emplois, en revenus et en services accessibles à une part plus large de la population.
Une modernisation confrontée aux inégalités
La Bertelsmann Stiftung inscrit cette analyse dans un constat plus général. Le Maroc a enregistré des progrès dans les infrastructures, les énergies renouvelables et la diversification économique, mais ces avancées ne se traduisent pas encore par une réduction suffisante des inégalités sociales et territoriales.
Le rapport appelle notamment à renforcer les investissements dans les régions confrontées à des difficultés d’accès aux services publics. Il souligne la nécessité d’améliorer les infrastructures sanitaires, l’éducation et la création d’emplois dans les zones les plus marginalisées, notamment dans le Rif et l’Atlas.
Cette approche pose une question centrale à l’approche de 2030. Comment faire des grands événements internationaux un moteur de développement qui bénéficie aussi aux populations éloignées des principaux pôles économiques et touristiques ?
Le défi pour le Maroc consiste ainsi à maintenir le rythme de sa transformation tout en renforçant son caractère inclusif. Les infrastructures peuvent améliorer la connectivité et l’attractivité du pays. Leur impact économique et social dépendra toutefois de leur articulation avec les politiques de santé, d’éducation, d’emploi et de protection sociale.
Le défi d’un développement plus inclusif
Le BTI 2026 place finalement la question des arbitrages au centre de son analyse du Maroc. La modernisation du pays et la préparation du Mondial 2030 peuvent soutenir l’investissement et renforcer son poids international. Mais la Bertelsmann Stiftung estime que cette dynamique doit aller de pair avec une réponse plus forte aux difficultés sociales.
Le rapport recommande notamment de renforcer les services de santé, d’étendre la protection sociale, d’améliorer l’accès à l’éducation et de créer davantage d’opportunités pour les jeunes. Il insiste aussi sur la réduction des écarts entre les territoires.
À quatre ans de la Coupe du monde 2030, l’enjeu ne porte donc plus uniquement sur la capacité du Maroc à construire les infrastructures nécessaires à l’événement. Il porte aussi sur les retombées que ces investissements pourront produire pour l’économie et pour les ménages.
Le rapport de la Bertelsmann Stiftung ne remet pas en question la trajectoire de modernisation du Royaume. Il invite plutôt à mesurer cette transformation à l’aune de ses effets sur les conditions de vie et sur l’accès aux services essentiels.
La question des priorités budgétaires prend ainsi une nouvelle dimension. Le succès du rendez-vous de 2030 se mesurera sur les infrastructures visibles, mais aussi sur la capacité du pays à transformer cette période d’investissement en progrès social durable.
