Le pétrole recule avec la reprise partielle du trafic dans le détroit d’Ormuz
Le marché pétrolier a enregistré un repli vendredi après les premiers signes de normalisation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, l’un des principaux points de passage des exportations mondiales d’hydrocarbures. Cette évolution a contribué à réduire une partie de la prime de risque géopolitique qui s’était installée après l’escalade militaire entre les États-Unis et l’Iran.
Le Brent est revenu autour de 88 dollars le baril après avoir dépassé les 93 dollars plus tôt dans la semaine. De son côté, le West Texas Intermediate s’est replié vers 82 dollars. Malgré cette correction, les deux références mondiales restent en bonne voie pour afficher une progression mensuelle proche de 20 %, témoignant de la forte nervosité des marchés face aux tensions persistantes au Moyen-Orient.
Le trafic maritime retrouve progressivement son rythme
Selon une analyse de la Commonwealth Bank of Australia, le trafic de pétrole brut dans le détroit d’Ormuz a retrouvé environ 30 à 35 % de son niveau observé avant le conflit. L’établissement estime qu’un retour des flux entre 50 et 60 % des volumes habituels pourrait suffire à rétablir une situation d’excédent d’offre sur le marché mondial.
Le détroit d’Ormuz demeure un passage stratégique puisqu’il assure habituellement le transit d’environ un cinquième des exportations mondiales de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Toute perturbation de cette voie maritime exerce une influence immédiate sur les prix de l’énergie et sur les anticipations des investisseurs.
Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a indiqué qu’environ 6,5 millions de barils de pétrole par jour avaient franchi le détroit au cours de la semaine écoulée sous protection de l’armée américaine. Washington affirme ainsi assurer l’escorte des convois afin de garantir la continuité des exportations énergétiques malgré les tensions régionales.
Les données de Kpler, relayées par Bloomberg, montrent que quatorze navires marchands ont traversé le détroit dans les deux sens mercredi, contre seulement quelques unités la semaine précédente. Cette amélioration reste toutefois relative. Les autorisations de passage demeurent limitées et plusieurs facteurs continuent de freiner la reprise, notamment les risques pour la sécurité maritime, la hausse des primes d’assurance liées aux zones de guerre et les interceptions menées par les autorités iraniennes.
Des risques géopolitiques toujours présents
Malgré le recul des cours, les principaux établissements financiers estiment que la volatilité pourrait rester élevée dans les prochaines semaines.
Mirae Asset souligne que les pays membres de l’OCDE ont utilisé environ 700 millions de barils de leurs réserves stratégiques entre mars et juin afin d’amortir les perturbations de l’offre. Cette diminution réduit leur capacité d’intervention si le conflit venait à s’intensifier durablement.
JPMorgan estime que chaque mois supplémentaire de perturbation des approvisionnements pourrait faire progresser le Brent de 7 à 8 dollars par baril. Goldman Sachs envisage un scénario encore plus tendu, avec un Brent pouvant atteindre 120 dollars si les difficultés de navigation dans le détroit d’Ormuz se prolongent.
Les marchés surveillent également l’évolution du contexte politique. Le président américain Donald Trump a appelé à intégrer des droits de douane visant l’Iran dans un projet de loi bipartisan de sanctions contre Téhéran et la Russie. Dans le même temps, le mouvement houthiste a annoncé un blocus naval contre l’Arabie saoudite, faisant craindre de nouvelles perturbations sur les routes commerciales de la mer Rouge.
Des investisseurs entre soulagement et prudence
Pour Daniel Hynes, analyste senior des matières premières chez ANZ, le léger recul du pétrole reflète un équilibre fragile entre la baisse de la pression sur les approvisionnements et la persistance des tensions géopolitiques. La reprise progressive du trafic dans le détroit d’Ormuz rassure une partie des investisseurs, mais les volumes restent nettement inférieurs aux niveaux observés avant le conflit.
Cette situation maintient un risque structurel sur l’offre mondiale de pétrole. Tant que les flux maritimes ne retrouveront pas leur capacité normale et que les tensions militaires demeureront élevées au Moyen-Orient, les marchés resteront particulièrement sensibles au moindre incident susceptible de perturber les exportations énergétiques.
La stabilité du marché dépend toujours d’Ormuz
La reprise partielle du trafic maritime apporte un répit aux marchés énergétiques, sans pour autant dissiper les incertitudes. Le détroit d’Ormuz continue de jouer un rôle déterminant dans l’équilibre entre l’offre et la demande mondiale de pétrole. Les prochaines semaines seront marquées par l’évolution de la situation sécuritaire, les décisions diplomatiques et la capacité des opérateurs à rétablir durablement les flux commerciaux dans cette zone stratégique.
