Samsung et SK Hynix battent des records, mais l’IA ne rassure plus les marchés
Samsung Electronics et SK Hynix ont publié des résultats financiers historiques au deuxième trimestre, confirmant l’ampleur de la demande mondiale pour les puces mémoire destinées aux infrastructures d’intelligence artificielle. Malgré ces performances exceptionnelles, les marchés ont réservé un accueil glacial à ces annonces. Les investisseurs redoutent désormais que l’expansion rapide des capacités de production ne débouche, à terme, sur un nouveau cycle de surproduction, un scénario qui a déjà marqué l’histoire du secteur des semi-conducteurs.
Samsung a annoncé un bénéfice d’exploitation de 89 500 milliards de wons au deuxième trimestre, soit une progression spectaculaire de 1 814 % sur un an. Son chiffre d’affaires s’est élevé à 171 500 milliards de wons. De son côté, SK Hynix a enregistré un bénéfice d’exploitation de 60 500 milliards de wons, en hausse de 557 % par rapport à la même période de l’année précédente.
À elles seules, les deux entreprises, qui représentent près de 80 % des revenus mondiaux du marché de la mémoire, ont généré un bénéfice d’exploitation combiné de 150 000 milliards de wons, soit environ 104 milliards de dollars, sur un seul trimestre. Ces résultats illustrent la transformation profonde du marché des puces, alimentée par les investissements massifs dans les centres de données dédiés à l’intelligence artificielle.
Pour SK Hynix, l’année 2026 pourrait même devenir un tournant historique. L’entreprise devrait dégager davantage de bénéfices sur l’ensemble de l’exercice que durant les vingt-sept années précédentes réunies. Pourtant, cette performance n’a pas suffi à convaincre les marchés. Son bénéfice est resté légèrement inférieur aux attentes des analystes, qui anticipaient environ 64 000 milliards de wons, provoquant une chute d’environ 10 % du titre après la publication des résultats.
Les contrats de long terme deviennent un nouvel argument stratégique
Face aux interrogations des investisseurs, les dirigeants des deux groupes ont insisté sur l’évolution du marché de la mémoire, qui reposerait désormais davantage sur des accords d’approvisionnement pluriannuels que sur des achats ponctuels.
Samsung affirme que plusieurs clients concluent désormais des contrats fermes pouvant atteindre cinq ans, accompagnés d’acomptes importants. Le constructeur indique également avoir signé des accords avec les cinq principaux opérateurs mondiaux de centres de données, un élément présenté comme un gage de visibilité sur les revenus futurs.
SK Hynix suit une stratégie similaire. Le groupe affirme avoir sécurisé des contrats avec une dizaine de grands clients internationaux afin de garantir une partie importante de sa production sur plusieurs années.
Cette évolution traduit un changement profond dans la manière dont les géants du cloud et de l’intelligence artificielle planifient leurs investissements. La forte croissance des besoins en mémoire à haute bande passante, indispensable aux processeurs graphiques utilisés pour entraîner les modèles d’IA, pousse désormais les clients à réserver leurs capacités de production très en amont.
Samsung estime ainsi que les tensions sur l’offre devraient perdurer jusqu’en 2028. SK Hynix adopte une vision encore plus prudente, prévoyant des contraintes de production susceptibles de se prolonger au-delà de 2030.
Selon l’entreprise, chaque nouvelle génération de processeurs graphiques nécessite un accès toujours plus rapide à des volumes de données considérables, ce qui accroît fortement la demande en puces mémoire avancées.
Dans cette perspective, SK Hynix prévoit d’investir au moins 45 000 milliards de wons cette année, soit environ 31 milliards de dollars. Ce montant représente une hausse de près de 50 % par rapport à l’exercice précédent et illustre la course mondiale aux capacités de production dans le secteur des semi-conducteurs.
Les marchés anticipent déjà le prochain cycle
Malgré ces perspectives favorables, les investisseurs demeurent prudents. Les actions des fabricants de mémoire ont été entraînées dans un mouvement de baisse plus large touchant l’ensemble du secteur des semi-conducteurs.
Samsung a perdu environ 7 % après la publication de ses résultats préliminaires, tandis que SK Hynix a enregistré l’une de ses plus fortes baisses quotidiennes depuis plusieurs années. D’autres entreprises du secteur, comme AMD, Intel et Micron, ont également subi des pressions similaires.
Cette réaction illustre une inquiétude récurrente dans l’industrie des puces mémoire. Les périodes de forte demande ont souvent conduit les fabricants à augmenter massivement leurs capacités de production, avant que le marché ne bascule dans une phase d’excédent d’offre et de baisse des prix.
Pour Josh Gilbert, analyste principal chez eToro en Asie-Pacifique, les excellents résultats de Samsung ne suffisent pas à dissiper ce doute. Selon lui, les investisseurs s’interrogent déjà sur les conséquences d’une expansion trop rapide des capacités industrielles, qui pourrait recréer les déséquilibres observés lors des précédents cycles.
L’IA devra prouver qu’elle peut transformer durablement le secteur
La question dépasse désormais les seuls résultats trimestriels. Les marchés cherchent à déterminer si l’intelligence artificielle représente un véritable changement structurel ou simplement une nouvelle phase d’expansion appelée à ralentir.
Les contrats pluriannuels signés avec les principaux opérateurs de centres de données offrent une meilleure visibilité qu’auparavant et témoignent d’une demande plus planifiée. Toutefois, les investisseurs attendent encore des preuves que cette dynamique permettra d’éviter les cycles de surproduction qui ont longtemps caractérisé l’industrie de la mémoire.
Pour Samsung comme pour SK Hynix, les prochains trimestres seront déterminants. Les entreprises devront démontrer que la croissance portée par l’intelligence artificielle peut soutenir durablement les investissements colossaux engagés, sans recréer les déséquilibres qui ont régulièrement fragilisé le secteur.
