Gazoduc Maroc-Nigeria : l’Afrique de l’Ouest accélère un projet stratégique
Le projet de gazoduc Maroc-Nigeria franchit une nouvelle étape avec la signature de l’accord intergouvernemental encadrant cette infrastructure énergétique majeure lors du Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette avancée renforce la dynamique autour d’un projet considéré comme l’un des plus ambitieux du continent africain en matière d’intégration régionale et de sécurité énergétique.
Le gazoduc Maroc-Nigeria, également appelé Gazoduc Atlantique Africain, doit acheminer le gaz naturel nigérian vers le Maroc avant son raccordement au réseau gazier européen. Long de près de 6 900 kilomètres, il traversera treize pays situés le long de la façade atlantique africaine et pourrait bénéficier à plus de 340 millions d’habitants.
L’accord signé ouvre la voie à une nouvelle phase opérationnelle du projet. Il prévoit notamment la création d’une société dédiée qui sera basée à Casablanca et chargée de piloter les prochaines étapes de développement, de financement et de réalisation de l’infrastructure.
Plusieurs responsables ouest-africains ont salué cette avancée, soulignant son potentiel économique et géopolitique. Le ministre des Affaires étrangères de la Sierra Leone, Timothy Kabba, a qualifié le projet d’initiative stratégique d’une importance cruciale pour l’intégration régionale. Il a également exprimé sa gratitude envers Sa Majesté le Roi Mohammed VI, à l’origine de cette initiative qu’il considère comme une source d’espoir pour l’Afrique de l’Ouest.
Le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray, a estimé que le gazoduc figure parmi les projets les plus transformateurs jamais entrepris dans la région. Selon lui, cette infrastructure favorisera le développement d’équipements stratégiques, renforcera la connectivité entre les États membres et stimulera l’industrialisation régionale.
Le président du Liberia, Joseph Boakai, a pour sa part décrit le projet comme un investissement transformateur pour l’avenir collectif de l’Afrique de l’Ouest. Il a souligné son rôle potentiel dans la stimulation de la croissance économique régionale et dans le renforcement de la coopération entre les pays concernés.
Même son de cloche du côté du Ghana. Le ministre des Affaires étrangères Samuel Okudzeto Ablakwa a salué ce qu’il a qualifié d’initiative historique portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Il a rappelé que le développement des infrastructures demeure une condition essentielle pour soutenir les ambitions industrielles des économies africaines.
Le ministre gambien des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et des Gambiens de l’étranger, Sering Modou Njie, a également mis en avant l’importance du projet pour les pays de la CEDEAO. Selon lui, cette infrastructure énergétique contribuera à connecter davantage les économies régionales et à soutenir les programmes nationaux de développement.
Une société commune pour piloter le chantier
La directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), Amina Benkhadra, a annoncé que le Maroc et le Nigeria devraient signer cette année l’accord définitif relatif au projet, dont le coût est estimé à 25 milliards de dollars.
Dans ce cadre, une société commune sera créée entre l’ONHYM et la Nigerian National Petroleum Company (NNPC). Cette structure sera chargée de superviser la mobilisation des financements ainsi que la phase de construction du gazoduc.
Selon les informations communiquées par Amina Benkhadra à Reuters, les engagements financiers définitifs ne sont pas encore finalisés. Le futur véhicule de projet devra mettre en place un montage associant capitaux propres et financement par emprunt afin de garantir la réalisation de cette infrastructure continentale.
La première phase du projet prévoit de relier le Maroc aux ressources gazières de la Mauritanie et du Sénégal. Le tracé poursuivra ensuite sa progression vers plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest avant de rejoindre les importants gisements gaziers du Nigeria.
Un levier pour l’intégration économique africaine
Depuis son lancement, le projet bénéficie du soutien constant du Royaume du Maroc. Sa Majesté le Roi Mohammed VI a toujours présenté le gazoduc comme bien plus qu’un simple partenariat bilatéral entre Rabat et Abuja.
Le Souverain considère cette infrastructure comme un instrument de codéveloppement capable d’accélérer l’intégration économique du continent et de créer de nouvelles opportunités pour les générations actuelles et futures. Cette vision s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer les liens économiques entre les pays africains et à promouvoir des projets structurants à l’échelle régionale.
Le Maroc accueillera plus de 1 600 kilomètres du tracé total. En novembre 2023, Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait réaffirmé l’engagement du Royaume envers ce projet, soulignant que la façade atlantique africaine souffre encore d’un déficit important en infrastructures malgré l’abondance de ses ressources naturelles et de son capital humain.
Au-delà de son impact régional, le gazoduc devrait également contribuer à la diversification des approvisionnements énergétiques internationaux grâce à sa connexion future avec le marché européen.
Répondre au défi énergétique du continent
L’enjeu dépasse largement le transport du gaz. Selon plusieurs estimations, près de 42 % de la population africaine ne dispose toujours pas d’un accès fiable à l’électricité. Cette situation constitue un frein majeur au développement économique et social de nombreuses régions du continent.
Un rapport de l’Atlantic Council estime que l’exploitation des importantes réserves gazières encore inexploitées en Afrique peut jouer un rôle déterminant dans l’électrification du continent. L’étude souligne également la contribution potentielle du gazoduc Maroc-Nigeria au renforcement de la souveraineté énergétique africaine.
À mesure que les étapes institutionnelles avancent, le projet s’impose comme l’une des infrastructures les plus stratégiques du continent. Entre intégration régionale, développement industriel et sécurité énergétique, il incarne les ambitions d’une Afrique de l’Ouest plus connectée et davantage tournée vers une croissance partagée.
