Rabat renforce la transmission des métiers artisanaux menacés
Le Maroc franchit une nouvelle étape dans la préservation de son patrimoine immatériel avec le lancement à Rabat de la quatrième édition du programme « Trésors des arts traditionnels marocains ». Portée par le secrétariat d’État chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire en partenariat avec l’UNESCO, cette initiative vise à sauvegarder les métiers artisanaux en danger de disparition et à assurer leur transmission aux nouvelles générations.
Organisée le 14 juillet à Rabat, la cérémonie de lancement a réuni des responsables institutionnels, des représentants du monde culturel et artistique ainsi que plusieurs personnalités diplomatiques. Cette nouvelle édition cible dix métiers traditionnels identifiés comme particulièrement exposés au risque de déperdition. Douze maîtres artisans ont reçu le titre de « Trésors des arts traditionnels marocains » et auront pour mission de transmettre leur savoir-faire à 120 jeunes apprentis, hommes et femmes, à travers un parcours combinant apprentissage pratique, accompagnement pédagogique et valorisation des compétences.
Pour les autorités marocaines, l’enjeu dépasse la simple conservation patrimoniale. Le programme constitue également un levier d’insertion professionnelle et de développement économique. Le secrétaire d’État chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, Lahcen Essaadi, a souligné que cette initiative offre un cadre structuré permettant de protéger les métiers traditionnels tout en créant de nouvelles perspectives d’emploi pour la jeunesse marocaine.
Cette démarche s’inscrit dans la continuité des engagements du Royaume en faveur de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, conformément à la Convention de l’UNESCO ratifiée par le Maroc. Dans un contexte marqué par l’accélération des transformations technologiques et l’essor de l’intelligence artificielle, les acteurs du programme rappellent l’importance de préserver les savoir-faire transmis de génération en génération.
Le directeur régional et représentant de l’UNESCO pour le Maghreb, Charaf Ahmimed, a insisté sur la dimension humaine de l’artisanat. Selon lui, les maîtres artisans incarnent un lien unique entre la mémoire collective et l’innovation. Si les outils numériques peuvent contribuer à documenter les techniques traditionnelles, la transmission directe des gestes, de l’expérience et de la créativité demeure irremplaçable.
Une nouvelle stratégie de rayonnement international
La cérémonie a également été marquée par le lancement du programme « Ambassadeurs de l’artisanat marocain ». Cette nouvelle initiative, fruit d’un accord de coopération entre le secrétariat d’État et l’UNESCO, vise à mobiliser des personnalités reconnues afin de promouvoir l’artisanat marocain à l’échelle internationale et de sensibiliser le public à l’importance de la préservation des savoir-faire ancestraux.
Cette stratégie intervient alors que l’artisanat marocain bénéficie d’une visibilité croissante sur les marchés internationaux. Les produits issus des métiers traditionnels attirent un intérêt renouvelé grâce à leur authenticité, à leur qualité de fabrication et à leur contribution à l’économie créative, un secteur qui gagne en importance dans de nombreux pays.
Dans le cadre de cette cérémonie, un hommage a été rendu à la comédienne marocaine Fadila Benmoussa pour son parcours artistique et son engagement culturel. Cette distinction illustre la volonté des organisateurs de renforcer les passerelles entre patrimoine, création artistique et transmission culturelle.
Des passerelles entre artisanat et industries culturelles
Afin de renforcer l’attractivité des métiers manuels, une convention-cadre a été signée entre le secrétariat d’État, l’Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle (ISADAC) et la Fondation Amis de l’Institut. L’objectif est de développer des formations spécialisées associant artisanat et arts du spectacle, notamment dans les domaines du cinéma, du théâtre et de la télévision.
Cette collaboration ouvre de nouvelles perspectives aux jeunes artisans dont les compétences peuvent répondre aux besoins croissants des secteurs culturels et créatifs. Décors, costumes, accessoires et éléments scénographiques représentent autant de débouchés susceptibles de valoriser les métiers traditionnels dans des environnements contemporains.
Par ailleurs, un partenariat a été conclu avec l’Observatoire national du développement humain (ONDH). Cette convention prévoit la mise en place d’un dispositif d’évaluation et de suivi destiné à mesurer l’intégration professionnelle des bénéficiaires du programme sur le marché du travail. Cette approche permettra d’apprécier l’impact concret de la formation sur l’employabilité des jeunes artisans.
Un bilan qui confirme l’impact du programme
Depuis son lancement, le programme « Trésors des arts traditionnels marocains » a concerné 42 métiers artisanaux répartis dans différentes régions du Royaume. Parmi eux, 17 métiers ont déjà été considérés comme sauvegardés grâce aux actions de transmission mises en œuvre.
Le programme a également permis de rendre hommage à 32 maîtres artisans dont l’expertise constitue un patrimoine vivant. Plus de 400 apprentis ont bénéficié d’une formation dans le cadre des différentes éditions, tandis que 150 d’entre eux ont achevé avec succès leur parcours de qualification.
La rencontre de Rabat a enfin été ponctuée par la signature des contrats liés à la troisième édition du programme. Quinze maîtres artisans entament ainsi officiellement la phase de transmission dans les quinze métiers ciblés lors de la précédente session.
À travers cette nouvelle édition, le Maroc confirme sa volonté de faire de l’artisanat un pilier de son identité culturelle et un vecteur de développement durable. Entre préservation du patrimoine, insertion des jeunes et ouverture vers les industries créatives, le programme poursuit son ambition de garantir la pérennité de savoir-faire qui constituent l’une des richesses les plus emblématiques du Royaume.
