Centrale Danone confrontée à un nouveau boycott après des hausses de prix

Centrale Danone confrontée à un nouveau boycott après des hausses de prix

Huit ans après la vaste campagne de boycott qui avait profondément affecté ses activités au Maroc, Centrale Danone se retrouve une nouvelle fois au cœur d’une contestation populaire. L’entreprise laitière fait face à une vague croissante d’appels au boycott après l’entrée en vigueur de nouvelles augmentations de prix sur plusieurs de ses produits phares, dans un contexte marqué par une pression persistante sur le pouvoir d’achat des ménages marocains.

Depuis le 7 juillet, des commerces et points de vente à travers le Royaume ont reçu de nouvelles grilles tarifaires appliquées par l’entreprise. Les augmentations concernent plusieurs références largement consommées, notamment Dan’Up, Actimel, Activia, Jervais, Danone Max et Jamila. Selon les listes diffusées parmi les détaillants, les prix ont progressé de 0,50 à 1 dirham selon les produits et les formats commercialisés.

Cette décision intervient alors que de nombreuses familles marocaines continuent de composer avec une hausse générale du coût de la vie. La réaction ne s’est pas fait attendre. Sur les réseaux sociaux, les critiques se sont multipliées quelques heures seulement après l’application des nouveaux tarifs. Des internautes ont rapidement relancé des appels au boycott sous le hashtag « خليه_يريب », ravivant le souvenir de la campagne de 2018 qui avait ciblé plusieurs grandes entreprises accusées de pratiquer des prix jugés excessifs.

Le souvenir encore vif de la crise de 2018

La référence à 2018 revient systématiquement dans les discussions autour de cette nouvelle polémique. À l’époque, le mouvement de boycott avait provoqué un choc majeur pour Centrale Danone. L’entreprise avait enregistré des pertes estimées à près de 178 millions d’euros de chiffre d’affaires, tandis que les effets de la crise s’étaient prolongés durant plusieurs mois avec une baisse durable des ventes.

Face à cette situation, le groupe avait adopté plusieurs mesures destinées à restaurer la confiance des consommateurs. Parmi elles figurait la commercialisation de briques de lait d’un litre au prix coûtant ainsi qu’une révision de certaines orientations commerciales. Malgré ces efforts, la période de turbulence avait marqué durablement l’entreprise, qui a finalement quitté la Bourse de Casablanca en 2022.

Aujourd’hui, la résurgence du boycott relance le débat sur les enseignements réellement tirés de cette crise. De nombreux consommateurs estiment que le retour à une politique de hausse tarifaire démontre que les changements opérés après 2018 n’ont pas modifié en profondeur l’approche de l’entreprise en matière de prix.

Un manque de communication critiqué

La contestation actuelle est amplifiée par l’absence d’explications publiques de la part de Centrale Danone. À ce stade, l’entreprise n’a pas communiqué officiellement sur les raisons de ces nouvelles augmentations ni sur la montée des appels au boycott.

Cette discrétion alimente les critiques des défenseurs des droits des consommateurs, qui considèrent qu’une communication transparente aurait pu atténuer les tensions. Pour de nombreux observateurs, le silence de l’entreprise contribue à renforcer un sentiment de frustration déjà alimenté par les difficultés économiques rencontrées par une partie de la population.

Les partisans du boycott considèrent pour leur part que l’acte d’achat reste un levier de pression efficace. Selon eux, la mobilisation des consommateurs constitue un moyen direct d’exprimer leur opposition à des décisions commerciales perçues comme défavorables au pouvoir d’achat.

Les commerçants constatent déjà des changements

Sur le terrain, plusieurs commerçants affirment observer les premiers effets de cette polémique. Des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux montrent des épiciers présentant les nouvelles listes de prix ainsi que les factures reçues des fournisseurs. L’objectif est de démontrer que les augmentations proviennent du fabricant et non des détaillants.

À Meknès, un commerçant a indiqué constater une baisse de la demande pour certains produits de Centrale Danone, tandis que des produits concurrents enregistreraient un regain d’intérêt auprès des consommateurs. D’autres détaillants partagent des observations similaires et anticipent un impact négatif sur leurs ventes si le mouvement de boycott continue de gagner en ampleur.

Certains commerçants ont même affiché leur soutien aux consommateurs, estimant que les entreprises doivent assumer les conséquences de décisions tarifaires susceptibles d’accentuer les difficultés financières des ménages.

Les réseaux sociaux au cœur de la mobilisation

La nouvelle campagne de boycott se développe principalement sur les plateformes numériques, où les débats se multiplient autour du calendrier choisi pour ces augmentations. Certains internautes ont avancé que la hausse des prix est intervenue alors que l’attention du public était largement tournée vers la participation du Maroc à la Coupe du monde 2026, réduisant potentiellement la visibilité immédiate de la mesure.

D’autres rejettent toutefois cette interprétation et considèrent que cette concomitance relève simplement du hasard.

Quelle que soit l’origine de cette perception, les réseaux sociaux jouent une nouvelle fois un rôle central dans la diffusion des appels au boycott et dans la coordination des réactions des consommateurs. Huit ans après l’un des plus importants mouvements de contestation économique du pays, Centrale Danone se retrouve confrontée à une situation qui rappelle fortement une crise dont les répercussions continuent de marquer les mémoires.

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