Afrique de l’Ouest : le prochain moteur de croissance du Maroc se dessine à Abidjan

Afrique de l’Ouest : le prochain moteur de croissance du Maroc se dessine à Abidjan

L’Afrique de l’Ouest pourrait devenir le principal relais de croissance du Maroc après l’échéance de la Coupe du monde 2030. C’est le message porté par Othman El Ferdaous, ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire, à l’occasion du Groupe consultatif organisé à Abidjan les 8 et 9 juillet pour mobiliser les financements du Plan national de développement ivoirien 2026-2030.

Avec près de 900 projets prévus et un volume d’investissements estimé à 175 milliards d’euros, dont environ 70 % destinés à être financés par le secteur privé, ce plan constitue l’un des plus ambitieux programmes de développement actuellement déployés en Afrique de l’Ouest. Pour les entreprises marocaines, il représente une opportunité stratégique de se positionner sur des marchés en forte expansion.

Plus de 100 entreprises marocaines et quelque 260 dirigeants ont participé à cette mobilisation sous la bannière de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Leur présence massive illustre la volonté du secteur privé marocain d’accompagner la transformation économique ivoirienne tout en consolidant sa propre expansion continentale.

Selon Othman El Ferdaous, l’enjeu dépasse largement la simple conquête commerciale. La dynamique actuelle vise à connecter les chaînes de valeur africaines afin de bâtir des pôles industriels intégrés capables de générer de la richesse sur le continent.

La Côte d’Ivoire comme plateforme stratégique

Pour l’ambassadeur, la Côte d’Ivoire offre au Maroc bien plus qu’un marché d’exportation. Le pays constitue une plateforme de production et d’investissement capable de servir l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

Cette vision repose notamment sur les perspectives démographiques de la région. La croissance rapide de la population africaine devrait soutenir une demande croissante en biens de consommation, infrastructures, services financiers, santé, énergie et éducation au cours des prochaines décennies.

Les fondamentaux économiques ivoiriens renforcent cette attractivité. Le pays affiche une croissance économique soutenue depuis plus de quinze ans, dispose d’une monnaie stable dans le cadre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine et conserve un rôle central dans les échanges régionaux.

La récente amélioration de son évaluation en matière de risque d’endettement par les institutions financières internationales a également renforcé la confiance des investisseurs. Cette évolution conforte la stratégie africaine engagée depuis plusieurs années par le Maroc.

Une délégation marocaine couvrant tous les secteurs clés

La délégation conduite par le président de la CGEM, Mehdi Tazi, reflétait l’étendue des ambitions marocaines en Côte d’Ivoire.

Les secteurs représentés comprenaient la finance, l’énergie, les infrastructures, la santé, l’agro-industrie, les mines, les technologies de paiement, l’ingénierie, l’éducation et le sport.

Parmi les entreprises et institutions présentes figuraient notamment CDG, Tamwilcom, Nareva, Taqa, ONHYM, ONCF, Autoroutes du Maroc, TGCC, Akdital, Sothema, Les Domaines Agricoles, Diana Holding, Managem, CIMAF, HPS, JESA et Novec.

L’objectif affiché est de préparer les relais de croissance de l’économie marocaine au-delà de 2030 tout en participant à la transformation structurelle de la Côte d’Ivoire.

Les autorités ivoiriennes encouragent de leur côté la création de coentreprises entre acteurs marocains et ivoiriens. Cette approche vise à favoriser les transferts de compétences, le partage de capital et l’émergence de champions économiques régionaux.

Vers une co-industrialisation africaine

Le concept central défendu par Othman El Ferdaous est celui de la co-industrialisation.

Cette stratégie consiste à rompre avec un modèle économique longtemps dominant où les matières premières africaines sont exportées à l’état brut avant de revenir sur le continent sous forme de produits transformés.

L’ambassadeur cite plusieurs exemples emblématiques. Une grande partie du coton africain est transformée en Asie avant de revenir sous forme de vêtements. Le cacao est exporté sous forme de fèves avant d’être réimporté sous forme de chocolat ou de produits alimentaires à forte valeur ajoutée. Le même schéma se retrouve dans le caoutchouc et de nombreuses ressources naturelles.

La réponse proposée repose sur une transformation industrielle partagée entre plusieurs pays africains. Les matières premières seraient valorisées localement à différentes étapes de la chaîne de production afin de conserver davantage de richesse sur le continent.

Cette logique permettrait également de renforcer l’intégration économique africaine tout en créant des emplois qualifiés et des capacités industrielles durables.

Un accès privilégié aux marchés mondiaux

La stratégie défendue par les responsables marocains s’appuie également sur les accords de libre-échange dont bénéficie le Royaume.

En combinant des opérations de transformation réalisées en Côte d’Ivoire et au Maroc, les entreprises pourraient satisfaire les règles d’origine exigées par plusieurs partenaires commerciaux internationaux.

Cette approche ouvrirait l’accès à de vastes marchés en Europe, aux États-Unis, dans les pays du Golfe et en Turquie.

Pour les entreprises marocaines, le modèle proposé repose sur une double spécialisation. D’un côté, elles pourraient répondre à la demande croissante des marchés africains. De l’autre, elles conserveraient leur présence sur les marchés occidentaux à forte valeur ajoutée.

Cette complémentarité permettrait de renforcer leur compétitivité tout en diversifiant leurs débouchés commerciaux.

Un appel à agir rapidement

Au-delà des perspectives économiques, le discours porté à Abidjan prend la forme d’un avertissement adressé aux entreprises qui tarderaient à se positionner sur le marché ivoirien.

Selon Othman El Ferdaous, les opérateurs qui n’intègrent pas la Côte d’Ivoire dans leur stratégie à court terme risquent de se retrouver enfermés dans des modèles économiques limités, incapables de profiter de la montée en puissance des chaînes de valeur africaines.

L’ambassadeur invite les entreprises à privilégier une vision de long terme fondée sur les parts de marché, les réseaux de distribution et l’intégration industrielle plutôt que sur les gains immédiats.

Pour lui, le véritable défi commence après les annonces et les rencontres institutionnelles. La réussite se mesurera à la capacité de transformer les projets en contrats, les contrats en chantiers et les chantiers en emplois durables.

À travers cette approche, le Maroc cherche à consolider sa position de passerelle économique entre l’Afrique et le reste du monde, tout en participant à l’émergence d’un modèle de développement davantage fondé sur la création de valeur continentale et la coopération industrielle régionale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *